Trois chantiers

Education , Dépense publique, Numérique

La période est propice pour faire le point sur l’état d’avancement des trois chantiers sur lesquels je me serai investi en ces années 2018 à 2020.

Il s’agit dans les trois cas de travaux collectifs conduits dans le cadre d’organisations au sein desquelles, après les avoir présidées dans un passé plus ou moins lointain, je reste un animateur :

  • L’association « Services Publics » créée il y a maintenant près de 40 ans, qui réunit, le plus souvent sous la présidence d’un membre du Conseil d’Etat, des hauts fonctionnaires attachés à la conception française du Service public ;
  • Le Ciriec-France, solide maillon français d’une organisation internationale, qui réunit des opérateurs et des chercheurs de l’économie publique et de l’économie sociale et solidaire dans une quinzaine de pays répartis sur tous les continents. 

Sur le chantier de l’éducation nous sommes en fin de parcours. Un ouvrage collectif, que j’ai co-dirigé avec Philippe Bance, a été publié sous l’égide du CIRIEC aux PURH ( presses universitaires de Rouen et du Havre). J’essaierai ci-dessous, en partant des conclusions qui s’en dégagent, de porter un jugement sur la politique actuellement menée en France. 

Sur le chantier de la dépense publique un dossier de base intitulé « Pour une communication objective sur la dépense publique » a été établi par un groupe de travail que j’ai dirigé au sein de l’association « Services Publics ». Nous avons organisé des débats sur ce thème et nous en poursuivons l’approfondissement. 

Sur le chantier du numérique nous n’en sommes qu’aux préliminaires avec, là encore, un ouvrage du Ciriec à paraitre au plus tôt  en 2020 sur le thème « Numérique, action public et démocratie » : vaste sujet, sur lequel je ne m’avance pour le moment qu’avec beaucoup de prudence au sein d’une équipe en cours de constitution. 

I – Education et intérêt général

1 – Le livre du Ciriec couvre l’ensemble du champ de l’éducation. Il regroupe 31 contributions, émanant toutes de spécialistes reconnus. Les points de vue exprimés sont évidemment différents mais ils se rejoignent autour d’orientations communes : l’éducation vue comme un bien commun non marchand ; l’exigence centrale d’égalité des chances ; la bonne préparation à la vie civique, sociale et professionnelle. Nous l’avons présenté en de nombreux lieux : rencontre de lancement à la MGEN en décembre 2018 ; librairie Canopée, Université de Rouen, cercle Roquépine, Défis-métiers, CNAM. Son volume (700 pages) et son prix (35 Euros) n’ont pas facilité sa diffusion, mais je pense qu’il a maintenant trouvé son public et je suis à la disposition des lecteurs de ce blog pour en faciliter la consultation ou l’acquisition. 

L’ouvrage a été bouclé en 2018, après l’arrivée au MEN d’un nouveau ministre, Jean-Michel Blanquer, dont la personnalité s’était immédiatement affirmée et qui avait déjà mis en place de premières mesures, notamment le dédoublement des effectifs en zone prioritaire. Depuis lors, la réforme du lycée, l’instauration d’un nouveau mécanisme d’orientation post-bac (parcours sup), la discussion au parlement des dispositions très diverses et d’inégale importance qui constitueront la loi du 26 juillet 2019 pour une école de la confiance (âge de la scolarité, formation des enseignants, dispositif d’évaluation, école inclusive etc) ont alimenté les commentaires et déclenché des polémiques. 

Il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt. Tout, bien entendu, offre matière à discussion. Des erreurs peuvent être commises, comme l’abandon de la réforme des rythmes scolaires, fort mal engagée par le ministre Peillon, mais qui était bonne dans son principe. Il est légitime de s’interroger sur le contenu des nouveaux programmes du lycée ainsi que l’a fait récemment Igor Martinache, l’un des auteurs de notre livre, ou sur les effets, jugés par certains trop sélectifs, du logiciel de parcours sup. Ces questions sont importantes et j’y reviendrai ci-dessous. Mais il ne faut pas se tromper de cible. Les problèmes essentiels se posent ailleurs et la grève des correcteurs de copie du baccalauréat ne méritait pas l’écho médiatique qui lui a été donné. 

Je suis consterné de voir une cohorte de professeurs, sans doute fort compétents dans leur discipline mais visiblement emportés par leur parti pris, faire grief au ministre, dans une tribune du Monde en date du 17 juillet, d’avoir, en prévoyant que les résultats obtenus en cours d’année puissent remplacer les notes de copies non-corrigées, « bafoué l’idéal sacré d’égalité ». D’où vient en l’espèce la rupture d’égalité, sinon de l’action au demeurant très minoritaire et manifestement inappropriée, qu’ils avaient cru devoir  eux-mêmes engager en privant quelques dizaines de milliers de lycéennes ou lycéens de la sanction normale qu’ils étaient en droit d’attendre au terme de leur scolarité ?

2 – En vérité, le problème fondamental est celui que pose l’échec, aujourd’hui patent, du système éducatif français à assurer une réelle égalité des chances aux enfants qu’il accueille. Les comparaisons internationales sont sans appel et l’on a fini par en prendre conscience. Cet échec se situe au niveau de l’école du socle, celle qui accueille tous les enfants, d’abord à l‘école maternelle ou élémentaire puis au collège. Les enquêtes PISA, qui font autorité en la matière, montrent que la France se situe très en deçà de la moyenne des pays de l’OCDE et que sa situation s’est dégradée depuis le début des années 2000. C’est pour nous un impératif national que de rattraper ce retard et je constate sur ce point, au-delà de différences d’approche qui sont inévitables, une certaine continuité dans la politique suivie au cours du précédent et du présent quinquennat.

Les actions à mener, dont les grandes lignes sont décrites par plusieurs contributions de l’ouvrage, portent sur les structures scolaires, la pédagogie, la formation des maitres, la condition enseignante. Elles ont nécessairement des conséquences sur la dépense d’éducation.

Sur les structures l’évolution est en cours depuis plusieurs décennies mais elle s’opère à la vitesse de l’escargot. Il faut poursuivre l’effort engagé pour assurer la continuité entre l’école et le collège et pour faire tomber le clivage catégoriel entre les « instits » et les « profs ». De ce point de vue l’idée de permettre la création d’établissements des savoirs fondamentaux réunissant des écoles autour d’un collège, évoquée au cours de l’examen de la loi du 29 juillet, n’était pas inintéressante dans son principe. Mais, venue sur amendement parlementaire et sans concertation préalable, elle a été mal comprise et on l’a abandonnée. Il ne faudrait pas que cet épisode remette en question une démarche de rapprochement plus que jamais nécessaire.

Sur la pédagogie il est clair que, en deçà de multiples points qui excèdent ma compétence et que je ne traiterai donc pas ici, la question des effectifs dans les classes est fondamentale. Le dispositif « plus de maitres que de classes » prévu par la loi Peillon allait dans le bon sens. Le dédoublement des effectifs en zone prioritaire mis en œuvre par le ministre Blanquer est une mesure excellente. La limitation à 24 élèves à partir de la rentrée 2020 des effectifs en CP et CE1 ne peut qu’être approuvée. Il faut évidemment continuer dans cette voie.

Sur la formation des maîtres, après un recul regrettable opéré sous le quinquennat Sarkozy pour des raisons d’économie, la mise en place en 2013 des ESPE (écoles supérieures du professorat et de l’éducation) a permis un redressement de la situation. La loi de 2019 leur donne une nouvelle appellation, INSP (instituts nationaux supérieurs du professorat). Il faut voir là, semble-t-il, la volonté de renforcer le rôle du MEN dans le pilotage de ces établissements, jusqu’alors laissé aux universités. Ce point sera nécessairement discuté mais je ne peux que saluer la volonté d’agir en ce domaine, au niveau tant de la formation continue, encore très insuffisante, que de la formation initiale. Encore faudra-t-il, et cela nous conduit au point suivant, qu’une proportion suffisante de jeunes s’orientent vers cette profession.

Sur la condition enseignante le temps est en effet venu de donner corps à la parole présidentielle. Lors de la conférence de presse qu’il a donnée le 25 avril dernier, à l’issue du grand débat national, Emmanuel Macron affirmé la nécessité de « rebâtir, revaloriser ce métier essentiel à la République et à la vie de la nation qu’est l’enseignant, le professeur, le maitre ». Il faut « rendre leurs carrières plus attractives », « revaloriser cette profession », a-t-il répété. De fait la rémunération des enseignants en France, et notamment celle des instituteurs, est notoirement inférieure à celle qu’ils ont dans la moyenne OCDE. Le moment est venu de programmer une remise à niveau substantielle.

Toutes ces mesures ont un coût. La dépense publique globale est élevée en France, mais ce n’est pas le cas pour la dépense d’éducation, qui ne se situe pas au-dessus de la moyenne internationale. De surcroit cette dépense est très inégalement répartie. Dans le primaire la France dépense par élève 15% de moins que la moyenne internationale. Au niveau du collège elle se situe dans la moyenne. Pour le secondaire elle est à 35% au-dessus. Un rééquilibrage est absolument nécessaire. ll est à coup sûr difficile à assumer dans le cadre des contraintes budgétaires que notre gouvernement s’impose. Il peut conduire à des choix douloureux. Mais il faut avoir le courage de le consentir. L’avenir de la Nation en dépend.

3 – J’en viens maintenant à ce que j’ai appelé, dans ma contribution à notre livre, l’enseignement différencié, qui constitue le second étage du système éducatif, c’est à dire l’ensemble des formations, générales ou professionnelles, dans lesquelles s’engagent les jeunes au sortir de l’école du socle, à partir de la fin de troisième. Je formulerai à ce propos trois observations principales. 

La première porte sur l’organisation gouvernementale. Il serait souhaitable de pouvoir prendre une vue d’ensemble des problèmes qui se posent à ce niveau, dans la diversité des formations, générales ou professionnelles, et à leurs stades successifs, après comme avant le baccalauréat. Or deux ministres différents sont ici responsables, Antoine Blanquer pour le second cycle du secondaire, Frédérique Vidal pour le supérieur. Même s’il ne semble pas y avoir de désaccord majeur entre eux, cette division des tâches n’est pas satisfaisante. Je verrais pour ma part un grand ministre de l’éducation nationale, dont dépendraient au moins deux ministres délégués ou secrétaires d’Etat, l’un pour l’école du socle, l’autre pour l’éducation différenciée et peut-être un troisième qui serait chargé de la recherche avancée et des relations internationales.

Je ne suis pas sûr, en second lieu, que nous soyons parvenus à établir une articulation adéquate entre les formations générales et les formations techniques et professionnelles. Les unes et les autres sont d’égale dignité. Les secondes, si elles sont bien organisées, peuvent offrir à des enfants issus souvent des couches populaires non seulement une bonne préparation à l’emploi mais aussi la possibilité de poursuivre des études supérieures. Mais dans la tradition du système éducatif français, elles n’ont ni le même prestige, ni le même statut. Encore aujourd’hui on s’intéresse beaucoup plus à la réforme du lycée général qu’à celle du lycée professionnel, dont la création a marqué une étape importante, mais dont le succès reste à concrétiser. Et quand une filière technique se révèle performante, exemple des IUT, dont la qualité de formation est unanimement reconnue, on la voit mise principalement au service d’enfants des classes aisées qui y trouvent le tremplin permettant d’entamer dans de bonnes conditions leurs études supérieures. Beaucoup reste à faire pour redresser la situation dans ce domaine, en concertation avec les organisations patronales et syndicales.

Enfin, s’il n’est pas étonnant de retrouver, dans ce second étage du système éducatif, les inégalités auxquelles l’école du socle n’a pas remédié, on peut regretter qu’elles soient, à ce niveau, plutôt aggravées qu’atténuées. Mais, là encore, il ne faut pas commettre une erreur de tir. 

Sont souvent mis en cause les mécanismes d’orientation et de sélection, dont le principe va pourtant de soi. Une bonne orientation permet d’éviter les erreurs de parcours et les redoublements inutiles, trop fréquents à l’université. La sélection s’impose dans certains cas de figure et pas seulement pour le choix d’un Président de la République. Le mécanisme mis en place pour canaliser l’accès des bacheliers à l’université (Parcours sup, qui a succédé à Admission post-bac) a été critiqué comme organisant à ce niveau une sélection injuste. Je ne partage pas cet avis et je constate que, après que l’on ait essuyé les plâtres, l’an II de parcours Sup parait ne devoir soulever que peu de vagues.

L’essentiel du problème se trouve ailleurs. Il est posé par le fonctionnement précoce de filières élitistes (classes préparatoires aux grandes écoles, sciences po et autres) et par le développement continu des formations marchandes. Les premières renforcent les écarts déjà creusés au long de l’école de base entre les enfants issus des différentes catégories sociales. Les secondes permettent, pour l’accès à de nombreuses formations techniques ou commerciales, de compenser par l’argent l’insuffisance du talent. Les enfants d’ouvriers sont une fois et demi plus nombreux dans la population que les enfants de cadres supérieurs. Mais ces derniers sont trois fois plus nombreux que les enfants d’ouvriers à l’université, six fois plus nombreux en architecture, huit fois plus en ingénierie, 10 fois en médecine, 15 fois à l’ENA et, c’est le pic, 50 fois à polytechnique[1]

Ces constatations sont proprement insupportables. Il est clair que les projets de suppression ou de réforme de l’ENA ne répondent que très imparfaitement aux exigences d’une situation dont on ne poura sortir que par l’affirmation d’une réelle volonté politique et la réorganisation progressive de l’ensemble des filières de la séquence bac moins trois-bac plus trois. 

Sur tous les points que je viens d’évoquer, l’équipe du CIRIEC est prête à poursuivre le débat. Je remercie une nouvelle fois les contributrices et les contributeurs de notre ouvrage et je suis satisfait de constater que notre message n’est pas tombé dans le vide.


[1]Stéphane Beaud, et Mathias Millet, La vie des idées, 2018)

ENA, Grands corps et Conseil d’Etat

                 

Branle-bas de combat à l’association des élèves et anciens élèves de l’école nationale d’administration comme à l’association des membres du Conseil d’Etat. Elles ont, la semaine dernière, tenu l’une et l’autre, à l’Observatoire et au Palais Royal, leur assemblée générale. Dans les deux cas il s’agissait de prendre position sur les projets de réforme annoncés par le gouvernement.

Suppression de l’ENA et des grands corps ?  On peut s’étonner que le sujet ait pu être abordé en ces termes, d’une manière particulièrement maladroite et non sans démagogie, par un Président de la République pourtant orfèvre en la matière.

La lettre de mission de Frédéric Thiriez est venue utilement recadrer la perspective : c’est sur l’ensemble des problèmes de la haute fonction publique, recrutement, formation, organisation des carrières, qu’il lui est demandé de formuler des propositions. Celles-ci seront à juger le moment venu et je ne formulerai à ce stade que de brèves observations.

1 – Qu’il y ait un problème grave de démocratisation du recrutement de la haute fonction publique me parait évident. 

La création de l’ENA avait constitué dans cette voie une étape importante, par l’institution d’un concours commun et son ouverture aux fonctionnaires, mais on a depuis lors marqué le pas. L’ENA a su se féminiser. Elle ne s’est pas vraiment démocratisée. 

Faut-il le lui reprocher ? En vérité le problème se pose en amont et il est commun à toutes les filières sélectives. On trouve dans l’ensemble de la population deux enfants de cadres supérieurs pour trois enfants d’ouvriers. Mais ils sont trois fois plus nombreux à l’université, 8 fois dans les écoles d’ingénieurs, 10 fois en médecine,15 fois à l’ENA, et 50 fois à Polytechnique.

Les actions à mener se situent d’abord au niveau de l’école du socle (école primaire et collège) puis dans l’organisation de la séquence bac moins trois-bac plus trois. C’est à partir de là que les chances de réussite à des concours qui demeurent, à mon sens, indispensables, pourront être très progressivement égalisées. Les formules de recrutement en direction de quelques poignées d’élèves issus des couches défavorisées sont à coup sûr sympathiques mais elles restent d’une efficacité très limitée.

2 – Sur la formation et l’organisation des carrières la lettre de mission ouvre des pistes que je ne récuse pas a priori mais qu’il faudra à coup sûr approfondir avant d’envisager de les retenir. 

La première introduirait une étape supplémentaire dans un parcours de recrutement déjà bien encombré : « Vous expertiserez l’opportunité de la création d’un nouvel établissement destiné à assurer un tronc commun de formation initiale pour l’ensemble des futurs cadres de la Nation issus des trois fonctions publiques, y compris les corps techniques… ». 

La seconde suggère, sans le dire expressément, l’institution d’une sorte d’école  de guerre à l’usage des fonctionnaires civils. « Vous pourrez vous inspirer des modalités de fonctionnement de nos armées » pour « évaluer et sélectionner à échéances régulières les hauts fonctionnaires destinés à constituer le vivier des cadres dirigeants de l’Etat ».

Sur ces deux points, dont la mise en œuvre entrainerait des bouleversements assez profonds par rapport à la situation actuelle, la prudence recommandée par l’actuel directeur de l’ENA, qui était présent à la réunion des anciens élèves, me parait s’imposer. Je n’en dirai pas plus pour le moment.

– Quelques mots cependant sur le thème des grands corps, qui remue beaucoup les esprits. 

La notion de « grand corps » n’a en elle-même aucun contenu juridique.Elle est appliquée aux trois portes de sortie choisies en tout premier lieu par les élèves sur la base de leur classement en fin d’année d’études. Figurent dans cette « botte » deux institutions constitutionnellement reconnues, le Conseil d’Etat et la Cour des Comptes. A leur côté et avec la même prééminence, le corps de l’inspection des Finances dont la cohorte, en raison de la place qu’a de tous temps occupée chez nous l’administration financière, jouit d’un prestige bien supérieur à celui du bataillon des administrateurs civils ou autres corps de fonctionnaires qui viennent ensuite dans le choix des élèves. 

Dire que l’on va supprimer les grands corps est donc une absurdité. Il est en revanche tout à fait légitime de vouloir égaliser les perspectives de carrière offertes à l’issue de la formation initiale et de faire en sorte qu’elles ne soient pas entièrement commandées par la première affectation. Vérification périodique des aptitudes, aménagement de passerelles, ouverture de possibilités de promotion, sont autant de formules possibles, qu’il faut savoir combiner intelligemment. Et sans doute faudrait-il aussi réussir à mettre en place, au niveau des services du Premier ministre, quelque chose qui ressemble à une véritable direction des ressources humaines de la Haute fonction publique.

4 – Faut-il maintenirl’accès direct des jeunes sortant de l’ENA aux deux grandes institutions que sont la Cour des Comptes et le Conseil d’Etat?

C’est pour mes anciens collègues la question majeure sur laquelle, j’en ai bien conscience, le point de vue que j’exprime ici comporte nécessairement une plus grande part de subjectivité.

Le Conseil d’Etat est une institution originale qui cumule des activités administratives et juridictionnelles et dont les principes de fonctionnement se sont affirmés au fil du temps. Il a réussi à faire reconnaître son indépendance tout en gardant, à la différence des juridictions de l’ordre judiciaire, une liaison organique avec l’administration active. C’est avec beaucoup de prudence qu’il faut envisager les réformes le concernant, sans pour autant les exclure.

Deux caractéristiques me paraissent essentielles et doivent à mon sens être maintenues. : la juxtaposition des âges et la diversification des parcours. Ce sont celles qui font la vitalité de l’institution.

Les jeunes sortant de l’ENA qui exercent pendant quelques années les fonctions de rapporteur à la section du contentieux lui apportent une force de travail et une fraicheur d’esprit irremplaçables. Cette période est une étape particulièrement fructueuse pour l’affirmation de leur personnalité. 

Dans la suite de leur parcours, qu’ils demeurent au Conseil ou qu’ils en soient détachés, ils sont en mesure d’acquérir les connaissances et l’expérience sur la base desquelles pourront s’asseoir la jurisprudence du contentieux et les avis des sections administratives.  

L’institution serait considérablement appauvrie si l’on mettait fin à ces modes de fonctionnement. Encore faut-il qu’ils ne deviennent pas la source de privilèges inacceptables. 

Autant les allers retours avec l’administration active ou l’entreprise publique doivent être admis, autant il peut paraitre excessif de maintenir sans conditions le lien avec le Conseil de ceux de ses membres qui le quittent pour exercer un mandat politique ou exercer des activités marchandes.

L’énarque n’a, pas plus que d’autres, vocation à conduire la politIque de la Nation. Il est normal que ceux qui choisissent cette voie soient, à partir d’un certain temps et au-delà d’un certain niveau de responsabilité, mis en demeure de choisir.

Les affaires publiques doivent rester indépendantes des affaires privées. Là aussi une coupure s’impose dont les conditions sont à définir pour les membres du Conseil d’Etat comme pour tous les autres fonctionnaires.

Tour d’Europe

                                   

Dans le prolongement de mon commentaire du résultat en France des élections du 26 mai j’ai essayé de voir ce qui s’est passé dans les autres pays de l’Union européenne. Les notations qui suivent ne prétendent ni à l’exhaustivité ni à une réelle objectivité, car je ne dispose que d’informations partielles et je n’ai pas le même intérêt vis-à-vis des différentes nations qui composent notre continent. Elles font le tour des cinq grandes zones géographiques que l’on peut y distinguer.

1 – L’Europe du sud, celle dont les rives sont baignées par la Méditerranée, autour de ses trois péninsules, ibérique, italienne et hellénique, et de ses deux iles, Malte et Chypre, m’est particulièrement chère. Elle envoie à Bruxelles 152 élus. Les résultats y sont contrastés.

Je ne parlerai pas de ce qui se passe dans les iles, encore que la question des paradis fiscaux, à Malte, et celle des rapports avec la Turquie, à Chypre, ne soient pas sans importance.

C’est dans les deux pays de la péninsule ibérique, Espagne et Portugal, que la situation politique est pour moi la plus satisfaisante. Dans ces deux pays, s’appuyant sur des configurations partisanes différentes mais agissant dans l’axe d’orientations convergentes, un gouvernement à direction socialiste sort plutôt renforcé par la consultation de dimanche dernier. En Espagne, Pedro Sanchez voit son parti renforcé et sera en mesure de poursuivre la politique économique et sociale qu’il conduit depuis deux ans. Au Portugal, Antonio Costa est lui aussi conforté dans sa stratégie, unique en Europe, d’alliance avec les communistes et la gauche radicale. Les élus de ces deux pays devraient pouvoir contribuer intelligemment à la gestion d’un ensemble dont ils n’entendent pas sortir mais qu’ils veulent faire évoluer. Heureux serais-je si la France, en avait fait autant.

La situation est hélas bien différente en Italie.Dans ce pays européen de la première heure c’est la droite nationaliste qui l’emporte haut la main, passant en cinq ans d’un peu plus de 5% à près de 35% des voix. Les socialistes, même s’ils limitent la casse, ont plongé. Le mouvement cinq étoiles n’est plus, en admettant même qu’il l’ait jamais été, une force politique réelle. Les écologistes sont inconnus au bataillon. En bref, mes amis italiens auront bien du mal à s’en sortir.

La Grèce est plus éloignée de nous géographiquement, elle est aussi beaucoup plus pauvre, mais son histoire et sa culture sont les nôtres et il est évident pour moi que sa place en Europe n’est pas usurpée. J’ai suivi avec intérêt le parcours de Tsipras et, même si, comme beaucoup d’autres leaders du camp socialiste, il a trop souvent mis au nom du réalisme ses convictions dans sa poche, j’ai gardé pour lui ma sympathie et je souhaite qu’il puisse continuer à tenir les rênes de son pays. Devancé par la droite, il sort de cette consultation plutôt affaibli mais non condamné et le résultat des élections anticipées qu’il va maintenant organiser déterminera son sort, cependant que les élus de son parti continueront semble-t-il de faire partie, ce qui peut paraitre surprenant, du groupe de la gauche radicale au Parlement européen.

2 – L’Europe de l’outre-Manche,à laquelle tant de souvenirs communs nous unissent, compte encore 84 élus. Elle se trouve, par rapport à l’UE, dans une situation épouvantable. 

L’Irlande indépendante tire certes son épingle du jeu. Elle a sagement envoyé à Bruxelles une palette équilibrée d’élus tous pro-européens.

Quel gâchis, en revanche, dans ce qui est encore le Royaume Uni mais se trouve aujourd’hui en voie de décomposition. Les deux partis, le labour et les torys, qui structuraient depuis des lustres la vie politique de ce pays, souvent donné en exemple par les politicologues, se sont divisés et ils sortent effondrés de ce scrutin, réunissant à eux deux à peine plus du quart du total des voix. Le Brexit de Farage arrive largement en tête. Mais les libéraux démocrates, pro-européens, arrivent en seconde position et ils n’ont pas dit leur dernier mot.  Nul ne peut dire à quoi va nous mener ce chaos, avec une opinion qui se partage, quasiment à égalité, entre partisans et adversaires de la sortie de l’UE. Mes amis écossais, qui sont très largement partisans du maintien, en souffrent plus que tous et il n’est pas exclu qu’il fassent un jour ou l’autre à l’UK le clin d’œil d’un « Scotexit ».

3 – L’Europe du centre ouest, avec l’Allemagne et les trois pays du Benelux, et à laquelle on peut rattacher l’Autriche, reste le noyau dur de l’union européenne. C’est elle qui en tire le plus profit et on la verrait mal larguer les amarres. Si l’on y inclut la France, c’est la zone qui envoie le plus d’élus à Bruxelles, 246 au total.

La palme du confort revient ici au Luxembourg, siège historique d’institutions prestigieuses, paradis fiscal, dont le PIB par habitant est, de très loin, le plus élevé en Europe. Ses 6 élus, conservateurs, libéraux-centristes, verts et sociaux-démocrates continueront à tirer bien des ficelles.

L’Allemagne, tant mieux pour elle, est le pays pour lequel on pourrait croire qu’à été taillée la zone Euro dont le cours a été particulièrement favorable au  Mark, et elle serait évidemment la dernière à vouloir en sortir. Les deux grands partis, la CDU et le SPD, conservent leurs forces mais, le second surtout, ils perdent des voix. Les écologistes font une percée spectaculaire et s’intercalent entre eux. L’extrême droite progresse dans l’ex Allemagne de l’est mais elle reste très minoritaire. Ce pays restera sans complexe la pièce maitresse de l’Union européenne.

Aux Pays bas le parti du travail remporte une victoire inattendue. Cet avantage donné à la gauche, rare en Europe, est pour moi bienvenu, de même que le recul des populistes et le léger progrès des écologistes.

Je ne suis pas en mesure de commenter les résultats en Belgique, en raison du partage qui existe dans ce pays entre les circonscriptions francophones et néerlandophones et de la complexité de la carte des partis polltiques. Mais je ne pense pas qu’il y ait lieu d’avoir grand souci de ce côté-là.

Enfin, la situation en Autriche est originale puisque on y enregistre simultanément le progrès du parti conservateur au pouvoir, la dissolution de son alliance avec une extrême droite qui perd des plumes et sa mise en minorité par une coalition inattendue qui va conduire à de nouvelles élections. Je ne me fais personnellement que peu de souci pour ce pays avec les chercheurs duquel nous avons au Ciriec depuis longtemps des relations fécondes et qui continuera d’une manière ou d’une autre à jouer son rôle dans la mouvance européenne.

4 – L’Europe du nordavec laquelle la France n’a pas de frontière, est certes plus éloignée de nous, mais son appartenance à l’Europe ne pose aucun problème. L’exemple social scandinave reste instructif et le « modèle nordique » des relations dans l’entreprise est à juste titre souvent pris en exemple. Elle envoie à Bruxelles 71 élus et les résultats que l’on y enregistre n’ont rien d’inattendu.  

La Suède n’est pas dans la zone Euro et elle ne s’en porte au demeurant pas plus mal. Les sociaux-démocrates y restent nettement en tête devant la droite classique. L’extrême droite, bien qu’en progrès ne vient qu’ensuite, suivie des écologistes et des centristes. 

Au Danemark on a voté massivement. Centristes et sociaux-démocrates sont largement en tête, suivis des écologistes. 

Même chose en Finlande où les écologistes et les sociaux-démocrates progressent au détriment des conservateurs au pouvoir. 

Dans aucun de ces trois pays il n’y a remise en cause des équilibres antérieurs et du positionnement vis-à-vis de l’Europe.

Restent les trois Etats baltes, Estonie, Lettonie et Lithuaniequi sont à la limite entre cette zone nordique et celle de l’Europe de l’est dont je parlerai ensuite. Si je les range ici c’est parce que je pense que leur intégration dans l’ensemble européen devrait pouvoir se poursuivre sans difficulté majeure. Ce sont de petits pays que leur culture et leur niveau de développement rapprochent de leurs voisins scandinaves. Les résultats enregistrés dimanche et que je ne commenterai pas davantage sont fonction des situation locales et n’appellent pas de ma part des commentaires spécifiques. 

5 – L’Europe de l’est, avec ses 174 élus est la zone pour laquelle se posent aujourd’hui les problèmes les plus lourds. Sur les conditions de l’entrée dans l’Union européenne des pays qui la composent, mon point de vue a fortement évolué.

J’ai eu au tournant de ce siècle à participer activement à des activités de coopération administrative en direction des pays de l’Est, en Russie d’une part, dans plusieurs des Etats de l’ancienne zone soviétique d’autre part. Je pensais alors qu’il était naturel d’offrir à ces pays, qui allaient devenir indépendants mais qui étaient encore démunis et inexpérimentés, un accueil au sein de l’Union européenne. Cela partait d’un bon sentiment, mais je ne suis pas sûr d’avoir alors suffisamment pesé les conditions dans lesquelles cette opération allait pouvoir être réalisée.

Il aurait fallu imaginer une forme de soutien et de coopération autre que celle qui a consisté à les intégrer directement dans l’Union européenne, à égalité de droits et de devoirs qu’ils se sont révélés incapables d’assumer et de respecter. Leur culture et leurs pratiques politiques ne rejoignent qu’en partie celles des autres contrées du continent. Leur niveau de développement est nettement inférieur. Leur poids dans le système, plus d’un cinquième des élus à Bruxelles, en déséquilibre le fonctionnement.

Le scrutin de dimanche illustre cette situation avec, dans la plupart des pays, une prédominance de courants étiquetés souverainistes ou populistes, sans que je sois, il est vrai, personnellement en mesure de vérifier pour chacun d’eux le degré de pertinence de ces qualificatifs. Les notations qui suivent sont de ce fait très lacunaires.

En Polognec’est le parti ultra-conservateur Droit et Justice qui arrive très largement en tête, avec 46% des suffrages. 

En Hongriela droite nationaliste et souverainiste de Victor Orban obtient plus de 52%, tandis que son homologue arrive en tête en Slovénie

En République tchèque, c’est aussi le parti populiste du premier ministre qui arrive en tête, les conservateurs et l’extrême droite sont en force.

En Slovaquie les sociaux-démocrates sont devancés par une coalition centriste et talonnés par l’extrême droite. 

En Roumanie, avant dernière dans le classement du PIB par tête dans les pays européens, le parti nationaliste libéral devance le parti social-démocrate

EnBulgarie, dernière du même classement, les conservateurs sont en tête, devant les sociaux-démocrates.

Reste la Croatie, où les conservateurs au pouvoir sont en recul et les sociaux-démocrates en progrès, et où l’on enregistre la percée à première vue sympathique de la liste d’un magistrat engagé dans la lutte contre corruption. 

En conclusion

Au terme de cette revue des résultats enregistrés sur notre continent on peut, comme le font la plupart des commentateurs, s’interroger sur les inflexions que le vote de dimanche dernier apporte à la composition de l’assemblée européenne. 

Le PPE et la social-démocratie restent les groupes les plus importants mais ils n’ont plus à eux deux la majorité des voix et ils devront composer avec les centristes et les écologistes en progrès. Les souverainistes s’affirment fortement mais de manières différentes, en France, au Royaume Uni, en Italie, dans les pays de l’est notamment. On continuera dans les prochaines années à négocier, sur les bases ainsi modifiées, les compromis qui permettent de pourvoir les postes et de mener les politiques. 

Mais l’essentiel, pour moi, se situe ailleurs. 

Je crois, avec d’autres, que l’Europe est pour nous un point de passage obligatoire. Elle doit se mettre en mesure d’offrir, face aux autres grandes puissances mondiales, les Etats-Unis, la Chine, la Russie peut-être, une voie originale de développement, dans la définition de laquelle le courant socialiste, auquel je continue de me rattacher, peut jouer un rôle essentiel.

Mais il me parait évident que cette voie ne pourra s’affirmer qu’à partir d’une profonde redistribution des cartes. L’Europe doit se redéfinir, se reconfigurer, se reconstruire. Elle ne pourra le faire sans qu’on en vienne un jour ou l’autre, et le plus tôt sera le mieux, à la renégociation des traités qui la fondent.

Il faut conserver et revivifier le noyau de base dont à mon sens le Royaume uni, comme l’Italie, font nécessairement partie, et savoir négocier avec ces deux pays les compromis nécessaires. 

Il faut assujettir clairement tous les pays européens aux principes de la solidarité et aux exigences de la liberté et subordonner à ces deux conditions la définition du statut qui leur est applicable au sein de l’Union. 

Il faut avoir l’intelligence de donner à la convergence à long terme des politiques économiques et sociales la priorité sur l’alignement dans l’immédiat des normes comptables.

Il faut savoir aménager, à l’intérieur de l’Union, des espaces de liberté et de différenciation. 

Fermeté dans l’application des principes et souplesse dans la mise en œuvre opérationnelle ne sont pas incompatibles. C’est en les associant que l’Europe s’affirmera dans le Monde.

Après les européennes

1 -La règle d’or, lorsqu’il s’agit d’apprécier la portée d’une élection, est de partir de la comparaison de ses résultats avec ceux des dernières élections du même type.

Il est légitime, bien entendu, de se référer aux évènements qui se sont produits entre temps, ainsi qu’aux anticipations faites avant le scrutin, mais c’est d’abord sur cette comparaison qu’il faut fonder les analyses. 

Que constate-t-on, en utilisant cette méthode, pour mesurer les résultats d’hier et en allant de la droite à la gauche ?

L’extrême droite est en léger recul sur ce terrain qui lui est a priori favorable. La liste du Rassemblement National  est certes arrivée en tête et, compte tenu de l’augmentation de la proportion des votants, elle a recueilli plus de voix qu’en 2014. Il n’empêche qu’elle a perdu un point et demi (23,43% des suffrages contre 24, 86).Dupont Aignan est resté au même niveau (3,5).

La droite classique s’effondre, passant des 20,81% de l’UMP en 2014 aux 8,48 % de LR en 2019. Elle perd ainsi plus de la moitié de son électorat.

Le centre droit, avec LREM, La République En Marche, fait une percée spectaculaire, en réunissant 22,31% des voix alors que le MODEM, allié alors à l’UDI, n’avait obtenu que 9,94% en 2014.

Les écologistes, avec EELV, Europe écologie les verts, progressent fortement. Ils avaient déjà 8,95 des voix en 2014. Ils en ont 13, 42% cette fois-ci et ils se hissent ainsi à la 3èmeplace du classement.Il n’est cependant pas inutile de rappeler ici que, avec à sa tête Daniel Cohn Bendit, et Yannick Jadot y figurant déjà, la liste écologiste avait obtenu plus de 16% des voix aux élections européennes de 2009.

La gauche socialiste s’effondre elle aussi. Uni aux radicaux de gauche le PS avait eu 13,98% des voix en 2014. Il n’en a plus, avec Place publique, que 6,18 en 2019.

L’extrême gauche, enfin, progresse légèrement. Certes la France Insoumise, avec 6,31 %, fait un résultat très inférieur à ses attentes, tandis que le PCF, avec 2,5%, n’arrive même pas à obtenir la prise en charge de ses frais de campagne. Mais ils réunissent tout de même à eux deux 8,81% des voix contre seulement 6,33 pour leur liste commune de 2014.

On m’excusera de m’être borné ainsi à citer des chiffres que chacun peut retrouver comme je l’ai fait en allant les chercher. Mais il se trouve que la presse ne les reprend que très partiellement alors qu’ils devraient structurer les analyses.

2 – Quelles premières conclusions peut-on tirer de ces résultats ? Je ne formulerai à ce stade que deux observations. 

Macron peut être satisfait, bien qu’il n’ait pas encore gagné la partie.

La liste qui se réclamait de lui n’est arrivée qu’en seconde position, mais la victoire du RN est finalement plus courte que prévu. Deux ans après l’élection présidentielle, la LREM, formation nouvelle, a fait un bien meilleur score que celui obtenu par un parti depuis longtemps enraciné dans la vie politique, comme l’était le PS, en 2014. Avoir réussi à faire vivre et à placer en tête du classement, malgré la relative faiblesse de sa tête de liste, cette formation nouvelle, est une performance inédite qui mérite d’être relevée, quelque jugement que l’on puisse porter sur le fond de ses positions.

Il reste maintenant au Président, s’il veut gagner les élections présidentielles de 2022, à élargir sa base politique et à franchir l’obstacle des municipales de 2020. On peut gager qu’il cherchera à retrouver une caution écologiste en remplacement de celle que lui avait donnée Nicolas Hulot et qu’il va dans le même temps s’efforcer de mettre en place les équipes  susceptibles d’emporter des bastions locaux qui ont encore, à droite comme à gauche, une forte capacité de résistance.

La gauche est éclatée et elle reste entièrement à reconstruire. 

La gauche existe-t-elle encore et où sont ses frontières ?

Et d’abord les écologistes en font-ils partie ?  Je le souhaite mais les premières déclarations de Yannick Jadot sont sur ce point ambigues. Je reconnais ne m’être pour ma part et jusqu’à ce jour qu’insuffisamment intéressé aux positions de son mouvement. Mais je peine à y trouver les lignes de force du changement dans le domaine économique et social dont la gauche est pour moi porteuse. Il ne suffit pas de proscrire le glyphosate et les pesticides, le charbon et le nucléaire, le diesel et le plastique. Il faut aussi parler des luttes sociales et du pouvoir économique. Il ne le fait que fort timidement.

Le parti socialiste, dont je salue la campagne, a réussi à limiter les dégâts. Il devrait voir revenir à lui les troupes de Benoit Hamon, si celui-ci a la lucidité de mettre fin à son équipée. Mais c’est bien peu de chose et un énorme chemin reste à parcourir avant que cette formation retrouve le dynamisme et la capacité d’entrainement que lui avait donnés le congrès d’Epinay. Saura-t-elle le faire ? Sur quelles bases ? Et avec qui ? C’est l’enjeu énorme des années qui viennent.

Plus à gauche la liste de Ian Brossat, pour laquelle je ne regrette pas d’avoir voté, n’a malheureusement pas obtenu le résultat minimum que je souhaitais pour elle. Cela n’a pas pour autant donné des ailes à la France insoumise, dont le résultat est extrêmement décevant et devrait conduire Jean-Luc Mélanchon à mettre rapidement la clé sous la porte. Sera-t-il possible de continuer à faire vivre, sur ce versant de l’échiquier politique, la force de contestation et de stimulation dont nous gardons le besoin ? Je le souhaite mais suis malheureusement loin d’en être sûr.

Le pire est pour l’instant évité. Mais le meilleur risque de se faire attendre.

3 – Je n’ai parlé ci-dessus que des répercussions du vote d’hier sur la vie politique française. Ce n’était pas son objet principal. Rien ne va changer à l’équilibre actuel de nos institutions. C’est sur la composition nouvelle de l’assemblée de Bruxelles et les conséquences qu’elle aura quant aux orientations de la politique européenne qu’il faudrait principalement s’interroger. Ce dossier est complexe. Je ne dispose pas des éléments suffisants pour en traiter aujourd’hui. J’espère pouvoir bientôt y revenir.

Mon vote aux européennes

Je voterai européen

Dans la panoplie des consultations politiques, les élections européennes sont les plus mal comprises et il ne faut pas s’étonner de ce que le taux d’abstention soit toujours élevé.

Pour les présidentielles et les municipales, un peu moins directement pour les législatives, on sait quels seront le rôle et les pouvoirs de ceux que l’on désigne. En revanche, aux européennes, où il s’agit d’élire à la proportionnelle 74 parlementaires français dans une assemblée de 750 membres, nul ne sait à quoi ils servent, ce qu’ils seront ou non capables de faire, et la mise en œuvre des grands projets qu’ils annoncent à qui mieux mieux n’a aucune crédibilité.

Dans ce contexte l’enjeu tend à se déplacer et, s’agissant de la première consultation électorale nationale du quinquennat Macron, survenant après la crise des gilets jaunes et la clôture du grand débat national, on voit en ce moment monter au premier plan la question de savoir qui, du Rassemblement national ou de la République en marche, arrivera en tête le 26 mai.

Je ne tomberai pas dans ce piège. Que la liste de Jordan Bardellasoit créditée dans les sondages de plus de 20% des suffrages est éminemment regrettable. Mais ce n’est pas en votant pour celle que conduit Nathalie Loiseauque l’on y changera quoi que ce soit. 

Il est surprenant que l’on n’ait pas jusqu’à ce jour essayé de mettre en place un mode de scrutin marquant le caractère européen de la consultation, qui imposerait aux listes l’obligation de se rattacher d’une manière ou d’une autre à une tendance dépassant les frontières nationales.  Ce n’eut pas été une tâche facile, mais l’imagination des juristes est fertile et je pense que l’on aurait pu y parvenir.

Pour ma part en tous cas, c’est bien par référence à la composition actuelle du parlement européen et pour renforcer l’une ou l’autre de ses composantes que je vais me déterminer.

Je voterai à gauche 

Il y a aujourd’hui à Bruxelles huit groupes parlementaires.

Trois d’entre eux, avec 153 élus au total, réunissent les souverainistes de tous poils et c’est là que se retrouveront les élus de Le PenDupont Aignanou Asselineau

Le groupe PPE, celui de la droite libérale, est le plus important, avec 217 membres. Il s’inscrit dans la ligne, aujourd’hui dominante en Europe, du capitalisme néo-libéral. On y trouve notamment les chrétiens démocrates allemands, le parti populaire espagnol, la plateforme civique polonaise et l’union civique hongroise. C’est lui qui accueillera les élus français de la liste Bellamy.

 Un groupe généralement catalogué comme centriste ou de centre-droit, celui de l’ADLE (alliance des démocrates et libéraux en Europe), compte aujourd’hui parmi ses 68 membres les élus du MODEM. Ses orientations restent pour moi assez vagues, ce qui n’étonne pas venant d’une formation charnière, qui entend jouer sur tous les tableaux. Ce groupe sera sans doute légèrement renforcé par les élus de la République en marche. Il prendra peut-être un nouveau nom. Mais ce n’est pas de lui qu’il faut attendre un infléchissement notable des politiques européennes.

 Viennent ensuite trois groupes qui se situent plus à gauche :

–  les écologistes (groupe des verts/ alliance libre européens) avec 52 membres ; leur poids pourrait être renforcé par le progrés attendu des verts en Allemagne ;

– l’alliance progressiste des socialistes et démocrates, second groupe du parlement européen par le nombre, 187 membres, où l’on trouve notamment les travaillistes anglais, les socio-démocrates allemandes et le PSOE espagnol ;

– la gauche radicale enfin qui, avec 52 membres, réunit, outre les communistes et les insoumis venus de France, les grecs de Syriza et la gauche verte nordiste. On y trouve aussi le parti communiste portugais qui, fait souvent ignoré mais qui n’est pas pour moi sans signification, soutient aujourd’hui le gouvernement de la gauche au pouvoir dans son pays.

Les écologistes sont pour moi respectables. Ils ont en ce moment le vent en poupe. L’écologie est une exigence. Mais elle ne suffit pas à constituer la base d’une orientation politique. Je ne voterai donc pas en France pour la liste Jadot, quel que puisse être le bien fondé de nombre de ses propositions. 

C’est vers les deux formations européennes citées en dernier lieu, l’alliance des socialistes et démocrates et la gauche radicale, que vont mes préférences, ce qui devrait me conduire à me prononcer pour l’une ou l’autre des listes GlûcksmanHamonBrossat ou Aubry.

Je voterai pour la liste de Ian Brossat

Cette annonce pourra surprendre : Yann Brossat, adjoint au maire chargé du logement à la ville de Paris, est à la tête de la liste du parti communiste, à laquelle les sondages ne donnent que fort peu de chance d’atteindre le seuil des 5% qui permet d’avoir des élus.

Les lecteurs de ce blog savent que je n’ai jamais été anticommuniste. Mais ils savent aussi que j’ai fait en France, depuis le congrès d’Epinay en 1971, le choix du socialisme. J’y suis toujours resté fidèle et je ne le renie pas. Je persiste à penser que c’est autour d’un PS rénové et ragaillardi que pourra revenir au pouvoir un gouvernement de la gauche en France. 

Trois des promoteurs des listes en présence le 26 mai sont issus du parti socialiste, mais aucune de ces listes n’en porte le drapeau. 

Jean Louis Mélenchon s’est lancé, avec la France insoumise, dans une démarche mégalomaniaque dont les excès deviennent insupportables. 

Benoit Hamon a cru que son succès relatif dans les primaires du PS lui donnaient, avec Génération(s), un destin national qui se dérobe sous ses pieds. Olivier Faure, plus modestement, a essayé de reconstruire la maison, mais il a estimé ne pouvoir le faire qu’en allant chercher sur la place publique, que l’on me pardonne ce jeu de mot, le pion qui lui manquait.   

Je pense, depuis longtemps déjà, qu’il faut donner un sérieux coup d’éperon  à la monture européenne. J’ai cru, en votant Hollande en 2012, que la France allait s’engager dans une démarche résolue de remise en cause du traité d’austérité budgétaire, qui interdit aux pays membres de s’engager dans la voie de ce que j’appelle l’économie des besoins. Comme beaucoup d’autres j’ai été déçu. Nous n’avons pas pris et nous ne sommes pas sur la voie de prendre ce chemin qu’auraient dû baliser les exigences de la solidarité, la promotion du service public et le souci de l’environnement. 

Mais il ne faut pas pour autant renoncer.

L’Europe doit être non pas le vecteur de l’assujettissement de notre continent à la mondialisation capitaliste, mais le ferment d’une orientation nouvelle que son histoire et sa culture lui permettent de dessiner.

Même s’ils sont encore fort peu nombreux il me parait capital qu’un certain nombre d’électeurs européens sachent marquer, le 26 mai, leur volonté d’un changement radical de direction.

Un vote pour la liste conduite par Raphael Glucksmann, quelle que soit la considération que l’on peut avoir pour la personne de son chef de file, et même si l’on y trouve plusieurs de mes amis du PS, n’aurait pas cette portée. Je ne pense pas que les socialistes français soient en mesure d’infléchir la ligne, beaucoup trop attentiste à mes yeux, du groupe dans lequel ils entreraient s’ils arrivent à franchir le seuil des 5%.

C’est pourquoi, pour ce scrutin bien particulier, je préfère apporter mon suffrage à une liste se réclamant de la gauche radicale européenne, et je choisirai à cet effet, plutôt que la liste de Manon Aubry, celle de Ian Brossat.

Dépense publique

Je reproduis ci-dessous l’article que j’ai co-signé avec Louis Gallois et Louis Schweitzer et qui a été publié dans Le Monde en date du 13 avril 2019

« Réduire ou augmenter la dépense publique : ni un tabou ni une panacée »TC

Trois grands noms du monde de l’entreprise, Jacques Fournier, Louis Gallois et Louis Schweitzer, jugent, dans une tribune au « Monde », que s’il est légitime de chercher à améliorer l’efficacité de ces dépenses, « fixer a priori un objectif de limitation ou de réduction de leur volume peut déboucher sur des décisions erronées ».

Tribune. Quels objectifs raisonnables d’évolution de la dépense publique le gouvernement pourrait-il retenir à l’issue du débat national ? Nous voudrions ici, à partir de nos expériences respectives et des travaux de l’association Services publics, faire cinq remarques à ce sujet.

Premièrement, c’est une mauvaise méthode que de fixer a priori un objectif de réduction du volume global de la dépense publique. Celle-ci n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Elle est l’instrument d’une action publique qui s’exerce à différents niveaux (Etat, collectivités territoriales) et dans différents domaines (défense, sécurité, éducation, santé, culture et autres fonctions collectives).

Elle a des impacts économiques très différents, selon que l’on considère les dépenses de production du service public, qui contribuent, dans la comptabilité nationale, à l’accroissement de la richesse nationale, et les dépenses de transfert (subventions, prestations sociales), qui redistribuent cette richesse.

Il est légitime de s’interroger sur l’utilité de ces dépenses, de chercher à en améliorer l’efficacité et de comparer la situation de la France à celle des autres pays. Mais se fixer a priori un objectif de limitation ou de réduction de leur volume global est une approche simpliste qui peut déboucher sur des décisions erronées.

Deuxièmement, s’agissant des dépenses de production du service public, la situation de la France n’a rien d’exceptionnel. Les pays scandinaves, la Belgique, les Pays-Bas, dépensent plus que nous sur ce terrain. Le Canada, l’Allemagne, le Royaume-Uni sont en dessous, mais pas très loin. L’instauration d’une limite à ces dépenses ne s’impose nullement, mais cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à agir sur elles en jugeant de leur opportunité et en cherchant à en améliorer l’efficacité.

L’enveloppe budgétaire n’est pas un sanctuaire

Les comparaisons internationales sont à utiliser avec prudence mais elles peuvent se révéler utiles pour guider des choix qui seront d’autant mieux acceptés qu’ils s’inséreront dans le cadre d’une vision concertée à long terme.

Elles nous montrent notamment que, pour les dépenses d’éducation, la France est à peu près dans la moyenne internationale, mais qu’elle dépense moins pour l’enseignement primaire : il en découle une moins bonne correction des inégalités de départ. Notre pays est en revanche au-dessus de la moyenne pour les dépenses de souveraineté – un choix politique qu’il faut à notre sens assumer – et les dépenses d’administration générale – c’est un terrain possible d’économies.

Il est légitime de vouloir faire le meilleur usage possible de la dépense. On comprend que les organisations syndicales soient promptes à voir derrière toute réduction de crédit un recul du service public, mais la révision d’une enveloppe budgétaire ne saurait être considérée à tous les coups comme la violation d’un sanctuaire.

Revisiter périodiquement les « niches », fiscales ou autres

Troisième remarque : dans le domaine des transferts sociaux, la France a fait des choix de société qui selon nous restent valables, ce qui n’interdit évidemment pas de revoir certaines modalités de leur mise en œuvre.

Notre pays est en tête du classement international du volume des dépenses, et ce pour deux raisons principales. La première est mécanique. Les prestations de retraite sont en France versées par des régimes à caractère obligatoire, dont les dépenses sont comptabilisées comme publiques, alors qu’ailleurs une partie plus ou moins forte de ces prestations, tout aussi importantes en volume, sont dispensées par le canal de régimes privés d’assurance.

La seconde tient au fait que la France, avec les prélèvements fiscaux et les prestations sociales, a mis en place un dispositif de redistribution qui lui permet d’assurer une correction notable des inégalités de revenus : de un à huit au départ, elles ne sont plus que de un à quatre à l’arrivée.

Il est permis de remettre en cause ces choix. Nous ne le faisons pas pour notre part, mais on ne peut pour autant ignorer les questions lourdes qui se posent, notamment sur l’âge de la cessation d’activité et l’harmonisation des régimes de retraite, l’organisation de l’assurance chômage, l’efficacité de la lutte contre la pauvreté, le réalisme ou la nocivité de l’idée de revenu universel.

« Ce n’est pas le mot d’ordre simpliste de la baisse des prélèvements qui est sorti du grand débat, mais des propositions visant à une plus grande justice fiscale »

Quatrième point : dans le domaine des transferts économiques où, on le souligne moins souvent, la France a également un niveau élevé de dépense, nous pensons qu’il est possible d’agir dans trois directions. D’abord, dégager les lignes de force – l’aide à la recherche, l’innovation, la transition écologique –, aujourd’hui brouillées par l’extrême diversité des actions engagées au gré des politiques successives, menées parfois sous la pression de tels ou tels intérêts. Ensuite, remettre en cause des situations acquises et revisiter périodiquement les « niches », fiscales ou autres, aménagées au fil du temps. Enfin, simplifier les dispositifs, en remplaçant par exemple les aides en espèces peu efficaces par des allègements de charges.

Contraintes

Cinquièmement, les contraintes financières qui pèsent sur l’action publique ne peuvent évidemment être ignorées. Elles sont de deux ordres. D’abord la contrainte de la soutenabilité des prélèvements obligatoires, qui structure à la fois le fonctionnement de l’économie et notre conception de la justice sociale. Pourtant, ce n’est pas le mot d’ordre de la baisse des prélèvements qui est sorti en priorité du grand débat, mais plutôt des propositions, parfois contradictoires, visant à une plus grande justice fiscale.

Ensuite, la contrainte d’équilibre budgétaire. Il n’est évidemment pas question d’enlever aux responsables de Bercy la tâche ingrate de veiller à l’élaboration d’un budget qui tienne la route. Depuis un quart de siècle, des normes européennes sont appliquées dans ce domaine. On ne peut en contester le principe, même si, ce qui est notre cas, on estime qu’elles devraient être assouplies.

La dépense publique n’est pas un prélèvement indu sur la richesse de la nation. La réduire ou l’augmenter, ce n’est ni un tabou ni une panacée. Ce doit être non pas le préalable, mais le résultat de choix politiques.

Jacques Fournier est ancien secrétaire général du gouvernement. Louis Gallois est président du conseil de surveillance de PSA Groupe. Louis Schweitzer est président d’honneur de Renault.

Collectif

Mon parcours au PS

Voici bientôt un demi-siècle que je suis membre du parti socialiste. Pour combien de temps encore ?

Le lancement du navire

C’est par la démocratie chrétienne que je suis, après la guerre, entré en politique, avec Léo Hamon et Joseph Fontanet, rue de Poissy, au siège du MRP. Mon agnosticisme, le jugement que je portais sur la guerre d’Indochine et l’affirmation de mes convictions socialistes devaient rapidement m’éloigner de cette formation.

La logique aurait dû alors me conduire à la SFIO. Mais ma préférence mendésiste et mon hostilité aux positions prises, depuis Naegelen jusqu’à Lacoste, en passant par Guy Mollet, par les dignitaires de ce parti sur la question algérienne, m’en ont toujours dissuadé. C’est à partir du mouvement des GAM (groupes d’action municipale) et au titre de la troisième composante, celle des « sans parti », que, aux côtés de la convention des institutions républicaines de François Mitterrand, j’ai participé en1971 à la constitution du Parti socialiste lors du congrès d’Epinay.

Cinquante années sur le pont

Je serai toujours resté fidèle à ce choix. Le PS est devenu ma famille. J’ai porté ses couleurs dans le combat électoral. Je me suis impliqué dans ses luttes de courant. J’ai contribué à ses réflexions et je crois avoir pesé sur ses choix. J’ai été en première ligne dans les années qui ont suivi son accession au pouvoir. La déontologie des fonctions qui me furent confiées au secrétariat général du gouvernement puis à la direction d’entreprises publiques m’a fait prendre ensuite une certaine distance. Mais l’affinité n’a jamais été altérée et elle ne s’est pas démentie après mon départ en retraite. Non que j’aie été toujours d’accord avec les orientations prises. Mais c’est par là que passait mon chemin et c’est sans hésitation que j’ai soutenu les candidatures de Jospin en 2OO2, Ségolène Royal en 2007, François Hollande en 2012.
Je pouvais alors m’estimer satisfait. Revenu au pouvoir le PS détenait une nouvelle fois tous les leviers de commande, Présidence, Parlement, une bonne partie des collectivités territoriales.
Las ! En quelques années, la dégringolade, que symbolise l’abandon du siège de la rue de Solférino, aura été spectaculaire.

Vers le naufrage ?

Je n’irai pas ici à la recherche des responsabilités. Hollande en porte une bonne part et il est bien mal venu aujourd’hui à vouloir donner des leçons. Je ne m’appesantirai pas non plus sur les péripéties de la dernière période.
Pour la première fois dans l’histoire de la 5ème République un président sortant n’a plus été en situation de pouvoir se représenter. On a cherché à lui trouver un successeur présentable dans le marigot de la gauche. Ce fut Benoit Hamon, mais il s’est rapidement avéré qu’il n’avait aucune chance de figurer au second tour. Beaucoup d’entre nous, dont je suis, en ont tiré les conséquences en portant, dès le premier, leur suffrage sur un autre candidat.
Le PS a ainsi subi en 2017, d’abord aux présidentielles puis aux législatives, une défaite sans précédent en France, sans équivalent en Europe.
Restera-t-il présent dans le paysage politique français ? Cette question, qu’il eut été incongru de poser il y peu de temps encore, se pose réellement.
Peut-on encore éviter la catastrophe ? Ou faut-il se résigner à quitter le navire avant qu’il ne sombre ?

Le cap des européennes

Deux échéances politiques sont proches, l’européenne et la municipale.
Les élections municipales pourraient permettre au PS, allié aux autres forces de gauche, de conserver voir de reconquérir un certain nombre de bastions locaux et d’entamer à partir de là une démarche de recomposition. Mais il aura fallu auparavant passer le cap des élections européennes.
J’ai suivi jeudi dernier sur Antenne 2 le débat, inévitablement désordonné, organisé entre les représentants des listes qui se présenteront en mai à nos suffrages.
C’est une gauche faible et morcelée qui va s’engager dans cette bataille. Pas moins de cinq candidats. Plusieurs d’entre eux n’auront que l’objectif dérisoire de franchir la barre des 3%, pour être remboursés de leurs frais de campagne ou celle des 5%, pour avoir quelques élus.
Que le PS ait œuvré à la constitution d’une liste d’union, sinon à cinq, incluant le PC et la France insoumise, du moins à trois, avec les verts et Benoit Hamon, je le comprend tout à fait. Il n’y est pas parvenu, il n’est pas responsable de cet échec et je ne le lui reproche pas.
Je récuse en revanche le choix qui a été fait d’une liste conduite par Raphael Glucksmann. L’homme, bien que novice, n’est pas sans séduction. Mais il n’a aucune représentativité. On a sans doute estimé qu’il apporterait peut-être les 1 ou 2% supplémentaires requis pour avoir des élus. Mais on a, ce faisant, accepté de faire disparaitre le PS de la liste des forces politiques en présence.
Tout compte fait, je pense que le choix du PCF, qui, quel que soit le résultat attendu, garde son identité et se bat sous ses couleurs, est beaucoup plus digne.

Quelle fin de parcours ?

Je suis toujours membre du PS, mais l’enthousiasme n’est plus là et, il faut bien le dire, je suis en train de perdre la foi. Fort heureusement, le prélèvement effectué sur mon compte bancaire m’évite d’avoir à accomplir chaque année le geste rituel d’une reprise de carte, dont je ne suis plus sûr que je le renouvellerais maintenant.
J’essaierai encore, dans la mesure de mes moyens, de contribuer, dans les mois qui viennent, à un nouveau départ de cette formation politique dans laquelle j’ai trouvé tant d’amis et à laquelle tant de souvenirs m’attachent.
C’est ce qui explique que le dernier sous-titre de cette chronique demeure volontairement ambigu. Il peut signifier soit que, en dépit de ses carences et de ses défauts, je resterai dans cette formation politique jusqu’au bout de mon existence, soit que, au vu de son évolution présente, je mettrai prochainement fin à mon appartenance.
Je n’ai pas encore arrêté mon choix mais la seconde réponse n’est malheureusement pas la moins vraisemblable.

Halte à la dictature des réseaux sociaux

Le renoncement de Chantal Jouanno  à conduire le grand débat lancé par les pouvoirs public est un nouvel exemple des effets néfastes de la dictature des réseaux.

Que son salaire mensuel soit élevé, c’est évident. Trop élevé ? On peut légitimement en discuter. Je pense qu’il excède le plafond souhaitable des rémunérations publiques. Pour autant son montant est infinitésimal par rapport à celui des sommes versées à certains dirigeants du secteur privé. Et, dès lors qu’il lui est régulièrement acquis, je ne vois pas en quoi cette circonstance la disqualifierait pour conduire le « grand débat » lancé par le Président de la République.

Nous touchons là à un phénomène inquiétant : le rôle que jouent désormais ce qu’il est convenu d’appeler les « réseaux » dans la conduite des affaires publiques.

N’utilisant personnellement ni Face book ni Twitter et ayant rapidement mis fin à un essai de Linkedin, je ne suis peut-être pas le mieux placé pour évoquer ces questions. Que l’on m’autorise cependant quelques réflexions.

Le numérique constitue une étape majeure du développement, dont la réalité s’impose, mais qu’il faut savoir orienter et maitriser. Il offre à une très large part de la population (ne pas oublier cependant qu’il y a, là aussi, des exclus), des possibilités nouvelles et considérables de contacts, d’information et d’expression. Les « réseaux » ouvrent sur le monde. Ils enrichissent ceux qui en font partie. Ils nourrissent le débat public. Ils offrent aux observateurs comme aux décideurs un panorama utile des idées et des instincts de la masse de la population. Ils ne permettent pas pour autant de faire l’économie des procédures dont le déroulement est nécessaire au bon fonctionnement de la démocratie.

Grande est en ce domaine la responsabilité des pouvoirs publics, des forces politiques et syndicales, de la presse et des médias. En ont-ils suffisamment conscience ?

Qu’un Président puisse à l’occasion s’exprimer sur twitter, montrant ainsi qu’il est « dans le vent », passe encore. Mais qu’il en fasse son journal officiel ne saurait devenir la règle. La parole du chef de l’Etat, de son gouvernement, de ses ministres, doit rester au-dessus de la mêlée.

Partis et syndicats sont les instances au sein desquelles le débat doit se construire et entre lesquelles il doit se dérouler. Les uns et les autres sont aujourd’hui affaiblis. On ne les entend plus. Que des forces nouvelles viennent enrichir leur concert, on ne peut que le souhaiter. Mais la pauvreté du discours des gilets jaunes me laisse malheureusement fort sceptique à cet égard.

La presse, les médias, cherchent à remplir du mieux possible leur devoir d’information. Mais la priorité qu’ils donnent au spectaculaire et à l’insolite, si elle peut renforcer leur audience, ne leur permet que bien trop rarement d’aborder les questions essentielles.

Tout devient possible dans ce contexte et le pire n’est pas exclu. La montée de l’extrême droite, seule force politique à avoir tiré parti des évènements récents, est pour moi particulièrement préoccupante.

Comment sortir de ce cercle vicieux ?

Par la recherche, sur le thème majeur du rapport entre le numérique et la démocratie. La réflexion, sur ce point crucial, est encore embryonnaires. A nos organisations de s’en saisir.

Par le débat. Que donnera, avec ou sans Chantal Jouanneau, la grande consultation des prochaines semaines ? Nous allons voir. Je reste sceptique, mais il me semble que notre devoir est d’y contribuer.

 

Education et intérêt général

Le quatrième ouvrage de la collection « économie publique et économie sociale » du Ciriec France vient de sortir aux PURH ( presses universitaires de Rouen et du Havre). C’est un ouvrage collectif, « Education et intérêt général », publié sous la direction de Philippe Bance et de moi-même et comportant 31 contributions ainsi que de nombreux tableaux statistiques .

Il a été présenté hier à la MGEN. La rencontre a été ouverte par Roland Berthilier, président de ce groupe  et par Alain Arnaud, président du ciriec-France. Elle a été  animée par Elisabeth Martichoux. Après l’introduction de Philippe Bance s’est déroulée une table ronde,  à laquelle ont participé deux contributeurs du livre, Daniel Filâtre et Yannick Prost, ainsi que Philippe Meirieu, invité en qualité de « grand témoin ».

Je met à la disposition des lecteurs de ce blog la présentation écrite de l’ouvrage établie par Thierry Mignauw ainsi que sa table des matières et je reproduis ci-dessous la conclusion que j’ai donnée au débat, avant l’intervention finale d’Eric Chenut, président délégué de la MGEN.

Les orientations d’ensemble

Quelles ambitions pour notre système éducatif ? Pour répondre à cette question, posée en titre de notre colloque, je pense que nous sommes largement d’accord sur trois points essentiels

L’éducation vue comme un bien commun auquel contribuent, non seulement un service public qui se doit d’être exemplaire, mais aussi, chacun pour sa part, tous les éléments de la population.

L’exigence centrale d’égalité, qui s’impose à tous les niveaux et dans tous les modules du système éducatif.

La volonté de remettre la France au niveau et si possible en tête des comparaisons internationales.

Cette convergence n’exclut évidemment pas les nuances, voire les divergences. Elles se sont exprimées au cours du débat, moins d’ailleurs que je ne l’aurais pensé. Elles portent sur le contenu des politiques et aussi sur la manière de les conduire. Nous avons en ce moment en France un ministre qui, incontestablement, a su marquer son terrain. Mais il n’est pas à l’abri de la critique et tout le monde ne partage pas ici le point de vue de mon ami  jean Pierre Chévènement pour qui c’est le meilleur depuis 30 ans, c’est-à-dire depuis que JPC lui-même a assumé cette fonction…

La discussion est inhérente au fonctionnement de la démocratie. Elle peut être vive. Il faut l’accepter et la nourrir par une information objective : c’est le but de notre livre.

Mais elle ne doit pas exclure, tout particulièrement dans le domaine de la politique de l’éducation, où l’exigence de continuité est fondamentale, la recherche obstinée des convergences possibles.

Les actions à mener

 Nous aurons évoqué au cours de ce débat beaucoup de sujets d’actualité et notamment ceux qui ont été traités dans les contributions de Daniel Filâtre (la formation des enseignants)  de Yannick Prost ( éducation et inégalités)  et de Nathalie Mons, qui n’a pu malheureusement se joindre à nous ( l’évaluation).

Le Ciriec n’a pas nécessairement un avis autorisé sur toutes ces questions. Il est mieux outillé pour parler de l’économique et du social que du pédagogique. Cela lui permet de prendre clairement position sur certains sujets qui lui tiennent à cœur, comme l’enseignement des sciences économiques et sociales. Mais il n’est pas spécialement compétent pour se prononcer sur l’utilisation des neuro-sciences, telle qu’évoquée dans l’enquête d’Opinion-Way présentée au cours du débat et il ne saurait concurrencer dans le domaine de la pédagogie l’expertise de notre grand témoin Philippe Mérieux, que nous avons tous écouté avec intérêt, même si nous ne partageons pas nécessairement toutes ses positions.

En amont de toutes ces questions, et vous me permettrez d’apporter ici une touche personnelle à cette conclusion, trois actions me paraissent essentielles.

La mise en oeuvre effective de la priorité au primaire, affirmée par les autorités de l’actuel quinquennat comme par celles du précédent, mais qui n’est jusque à présent réalisée qu’à doses homéopathiques. Il faut ici citer un chiffre : la France dépense, par élève, 14 % de moins que la moyenne OCDE au niveau du primaire. Elle en dépense, toujours par élève, 35% de plus au niveau du lycée. La marche qui reste à franchir est manifestement très haute.

La revalorisation réelle des  voies professionnelles. Je regrette que nous n’ayons pas prévu d’entendre ce soir Aziz Jellab ou Paul Santelman qui ont traité de ce sujet dans notre livre : nous aurons ainsi contribué à entretenir le silence  dont il est souvent l’objet dans le débat sur l’éducation.  Des réformes ont certes été opérées, mais, là aussi, que ce soit au niveau du contenu des formations ou à celui des débouchés qu’elles offrent, les comparaisons internationales ne sont pas favorables à notre pays.

La refondation de la formation des enseignants. 40% des enseignants en France considèrent qu’ils ne sont pas du tout ou très peu préparés sur le plan de la pédagogie ou des pratiques de classe. C’est une nouvelle vision qu’il faut faire prévaloir dans ce domaine,  une refonte complète qu’il faut opérer, à l’exemple de ce qu’ont déjà su faire nombre de pays étrangers.

Les principes et méthodes de gestion

Je ne place pas sur le même plan les deux ruptures évoquées par Philippe Bance lorsqu’il a parlé du processus de décomposition- recomposition qui est selon lui en cours dans le système éducatif français.

Qu’il faille s’opposer résolument à la marchandisation de l’éducation que voudrait progressivement imposer l’analyse économique dominante ne fait pour moi aucun doute. Le phénomène est largement à l’œuvre au niveau de l’enseignement supérieur mais il s’insinue aussi partout ailleurs. Il doit être contenu, combattu, je pense que nous sommes tous ici d’accord sur ce point.

Ce que l’on appelle la NGP, la nouvelle gestion publique, portée par la LOLF, ne relève pas selon moi de la même logique. Elle n’est certes pas à l’abri des dérives. Mais ce qui prête à critique c’est moins son principe que l’usage que l’on en fait.

Faire de la baisse de la dépense publique l’objectif essentiel de toute réforme de l’action publique est une erreur fondamentale, qui peut se révéler particulièrement nocive dans le domaine de l’éducation.

Mais il reste que les moyens sont toujours nécessairement limités et qu’il faut avoir le cas échéant le courage de les redéployer.

Sur la question évoquée il y a un instant de la priorité à accorder au primaire, cela me parait être une nécessité évidente et elle ne pourra pas être satisfaite sans douleur.

La recherche d’une gestion plus efficace, la mise en œuvre de méthodes nouvelles, que ce soit au niveau des conditions d’emploi des personnels ou à celui de l’organisation du temps pédagogique viennent heurter les habitudes. Il faut en discuter, savoir les négocier. Mais, on m’excusera d’utiliser ce mot, le corporatisme existe aussi et il faut savoir le dépasser.

Il me semble que c’est bien dans cette perspective que se sont situés les interventions syndicales dont il nous a été rendu compte au cours du débat. Nous l’aurions retrouvé du côté des responsables territoriaux de l’éducation et des associations de parents d’élèves  auxquels parole a aussi été donnée dans notre livre.Il est possible d’avancer tous ensemble.

Le débat va maintenant se poursuivre. Nous  sommes ravis d’avoir pu, si peu que ce soit, contribuer à l’enrichir.

 

 

Encore une fois l’Algérie

C’est le pays de mon enfance et je suis toujours heureux de le retrouver pareil à lui-même en dépit du temps qui passe. Le bref déplacement que je viens d’y faire aura pour moi une nouvelle occasion de le constater.

Il reste largement francophone et fortement imprégné par la culture française : c’est une satisfaction pour le colonisateur impénitent que je suis sans doute toujours un peu. Nous n’en avons certes eu, avec mon fils Gilles qui m’accompagnait dans ce périple, qu’une vision partielle : la Kabylie puis Alger. Tout au long de notre parcours de Tizi Ouzou à Tachmalt, dans les hauteurs magnifiques de la petite Kabylie, les enseignes les plus fraîchement repeintes sont toujours en français. Alger est plus bigarrée. Mais partout où nous allons nous trouvons des interlocuteurs pratiquant notre langue.

La France est toujours présente dans les esprits, d’une manière qui m’a parue à certains égards surprenante. Elle est, pour la plupart de nos interlocuteurs, le Deus ex machina, la source de tout ce qui se passe, bien ou plus souvent mal, dans ce pays pourtant devenu indépendant depuis maintenant plus d’un demi-siècle. Les ratés de l’économie, la dictature larvée que dénoncent beaucoup d’algériens en dépit de la liberté de parole et d’écrit qui leur est laissée, le consternant 5ème mandat qui se profile à l’horizon 2019 : tout cela c’est « la faute à la France » qui continuerait à tirer toutes les ficelles. Ce réflexe, que je trouve pour ma part quelque peu excesssif, m’a paru plus fort que jamais.

J’ai retrouvé de vieux amis, pas tous malheureusement, car mon compagnon de longue date, Abderrhamane Djelfaoui, qui, l’année dernière encore, m’avait accompagné dans le Dahra, n’était pas présent à Alger lors de notre passage. J’ai rencontré Aissa Kadri et ses amis du CNAM en mission à dans la capitale, Idir et Malika Ahmed Zaid qui poursuivent leurs activités universitaires à Tizi-Ouzou, Idir Tazerout, notre arrière petit cousin, Abderrhamane  Krimat, poète et cinéaste.

J’ai aussi fait de nouvelles rencontres, en particulier celle de Amar Ingrachen qui, à la tête des éditions Franz Fanon, vient de publier en Algérie  « Mohand Tazerout, la vie et l’oeuvre d’un intellectuel algérien », ouvrage collectif paru en France en 2017, sous ma direction, aux éditions Riveneuve. Sa jeune maison d’édition a déjà pris une place importante dans la vie culturelle de l’Algérie.

La tournée de présentation du livre nous aura conduit d’abord sur le lieu de naissance de mon beau-père, au village des Aghribs , au nord de Tizi Ouzou, où nous avons fait salle comble, en présence de nombreux membres de sa famille. De là nous sommes allés à Tachmalt, puis à Alger, où j’ai été reçu à déjeuner par l’ambassadeur de France Xavier Driancourt avant de faire en fin d’après-midi une conférence à l’institut de France. Nous y avons été parfaitement accueillis par les services culturels de l’ambassade. Là aussi, l’assistance était nombreuse.

On trouvera sur ce blog, le texte de ma conféreence de présentation du livre. Les questions ont fusé. Elles reflétaient l’intérêt que suscite aujourd’hui le parcours insolite de cet homme qui, après avoir rompu en 1914 avec son pays d’origine, a eu en France une carrière d’enseignant, sociologue, historien, avant de revenir aux sources, en prenant activement parti pour l’indépendance de son pays et de terminer sa vie dans la solitude à Tanger.  Partout nous avons trouvé la même fierté mais aussi les mêmes interrogations sur l’identité de ce grand intellectuel que l’Algérie redécouvre aujourd’hui. Son oeuvre est immense et il y a encore de la marge avant qu’elle puisse être pleinement explorée en Algérie.

Je n’aurai pas eu beaucoup de temps, pendant ce court voyage, pour approfondir les constatations faites au cours de mes précédentes visites. Au-delà du plaisir de retrouver ce pays que j’aime, son animation, la gentillesse de ses habitants,  je n’ai pu que  constater à nouveau, d’une manière quelque peu superficielle, des phénomènes qui se situent à des niveaux d’observation très différents:   l’énormité des encombrements qui rendent toujours aléatoires, en dépit de la qualité des infrastructures,  les temps de déplacement;  l’efficacité d’un appareil de sécurité omniprésent et bien rodé, qui parait accepté par la population;  la volonté de tourner le dos aux « années noires », mais aussi la conjonction  que nous rencontrons, chez la plupart de  nos interlocuteurs, d’une critique souvent acérée et de l’acceptation résignée d’une situation dont ils ne voient pas l’issue.

La relation franco-algérienne aura connu bien des hauts et des bas. C’est pour moi une grande satisfaction que de constater que, au-delà des épreuves subies de part et d’autre, elle s’affirme toujours avec la même force. Puissent ceux qui gouvernent nos deux pays veiller à l’entretenir.