L’action publique face à la crise du coronavirus

Face à la crise dans laquelle nous nous trouvons, et le confinement aidant, chacun, à partir de son expérience et de ses compétences, prend le temps d’exprimer son point de vue.


Je ne suis ni historien ni épidémiologiste et l’on ne trouvera pas ici une analyse comparative des grandes catastrophes sanitaires qui ont marqué l’histoire de l’humanité. Il me parait clair, cependant, que la crise dans laquelle nous sommes plongés, même si elle n’atteindra pas l’ampleur de certaines de celles que nous avons connues dans le passé ( 40 millions de morts pour la grippe dite espagnole dans les années 1918-1919),  est exceptionnelle, par son champ, qui s’étend à l’ensemble de la planète, par la gravité de ses conséquences, sur la santé de la population, la vie sociale, l’activité économique et par sa durée probable, qui se comptera en mois et peut-être en années. 

Comment l’action publique a-t-elle fait et fait-elle face à cet épisode? Dans quel sens devrait-elle évoluer pour mieux y répondre ? Il est naturel que, dans ce blog qui lui est consacré, j’essaye d’apporter au moins un début de réponse à ces questions. Je ne peux le faire qu’à l’échelle de mes possibilités d’investigation qui restent limitées.

Trois constatations de départ  

1 – La crise a fait clairement ressortir la primauté de l’action publique sur le jeu des mécanismes  du marché. Loin de la contenir, ceux-ci l’ont probablement déclenchée (commercialisation du pangolin) et ils ont assuré sa propagation sur l’ensemble de la planète. C’est vers l’action publique que l’on se tourne naturellement pour trouver les moyens d’en sortir.

2 – Cette action publique s’exerce principalement au niveau national. On peut chercher des convergences et des concours à l’échelon des grandes régions du Monde (l’Europe pour ce qui nous concerne) et des organisations internationales (ONU, OCDE). Mais c’est bien dans chaque pays que les décisions majeures sont prises. 

3 – Les actions publiques nationales ne sont pas identiques. On y trouve certes des points communs mais aussi des différences. Certains pays s’en sortent mieux que d’autres. Comment se situe le nôtre ?

L’action menée en France

1 – Défaut d’anticipation

Ce qui se passait en Chine en ce début d’année 2020 nous paraissait bien lointain. Les historiens nous diront quand nous avons vu venir le coup. Bien tard, à l’évidence. Une date est pour moi significative : c’est le 16 février, à un moment où la menace ne pouvait plus être ignorée, qu’Emmanuel Macron envoie Agnès Buzin, en charge du ministère de la santé, à la conquête de la mairie de Paris. Etaient-ils l’un et l’autre conscients de la gravité de la situation? Comment a-t-elle pu accepter d’abandonner son poste en ce moment crucial? Aurait-t-il voulu se débarrasser d’elle pour la remplacer par quelqu’un de plus compétent ?

Un  mois plus tard, le 12 mars, juste avant le premier tour, Macron décide de ne pas reporter les municipales. Un nombre sans doute non négligeable d’assesseurs chenus, heureux d’avoir ce jour là l’occasion de sortir de leur domicile pour venir tenir un bureau de vote, lui devront ainsi une fin prématurée. Je reconnais avoir sur le moment approuvé cette décision. Mais notre président en avait-t-il vraiment pesé toutes les conséquences?

2 – Manque de préparation

Certains pays étaient manifestement mieux préparés que d’autres à faire face à la crise. La Corée du sud avait des masques et elle a su rapidement faire usage des tests. Elle a pu mettre en oeuvre rapidement une action publique efficace. Force est de constater que ce ne fut pas le cas chez nous. La pénurie de masques, dont les stocks constitués antérieurement  se sont évaporés dans des conditions qui restent à éclaircir, est la manifestation la plus éclatante de ce manque de préparation. Elle n’est malheureusement pas la seule et il est navrant pour moi de constater que, dans ce domaine, les gouvernements de gauche n’avaient apparemment pas fait mieux que ceux de droite. 

3 – stratégie contrainte

Dans ce contexte, Macron et son gouvernement ont fait ce qu’ils pouvaient mais ils n’ont pas réussi à maitriser la situation. . Le confinement s’imposait mais on ne nous a toujours pas expliqué comment son application pouvait se combiner avec la nécessité, affirmée par ailleurs, d’une immunisation, par contact avec le virus,  de plus de la moitié de la population. Il a fallu réserver le port du masque aux personnels soignants et aux personnes en contact avec le public et se résigner à faire confiance, pour le surplus, à la débrouillardise de tout un chacun. 

4 – Gestions de qualité inégale selon les secteurs

Les statistiques qui tombent chaque jour permettent de suivre l’évolution de la crise, dans l’attente, encore à venir, d’une stabilisation réelle puis d’un retournement de la situation. 

Dans le secteur hospitalier ce suivi a été convenablement assuré et il montre que l’on a su faire face à la crise. Les capacités d’accueil et de traitement ont été accrues. Les transferts nécessaires ont été opérés. Le personnel soignant s’est dévoué jour et nuit pour assurer les soins et la population lui en est reconnaissante. Les informations ont circulé. Les conseils utiles ont été donnés.

On ne peut en dire autant pour ce qui concerne le secteur des EHPAD. Il aura fallu attendre près de deux semaines pour que l’on prenne conscience de la véritable hécatombe qui s’est produite, non certes dans tous les établissements, mais malheureusement dans une grande partie d’entre eux. Les récits de ceux qui ont été confrontés à ces évènements sont accablants et il faudra savoir en tirer les conséquences.

5 – Discussion ouverte

C’est pour moi un élément d’appréciation positif. Tout au long de cette période la discussion sera restée ouverte. La communication gouvernementale n’aura pas toujours été très claire. Mais il n’y pas eu tromperie. Le gouvernement et les partis ont joué le jeu. La presse écrite et audio-visuelle a présenté des dossiers généralement bien ficelés. Des points de vue de toute sorte et souvent de grand intérêt ont pu s’exprimer. L’opinion publique ne s’est pas affolée et les réactions de la population sont saines.

5 – Issue toujours incertaine

Emmanuel Macron a esquissé dans son allocution du lundi de Pâques les voies possibles d’une sortie progressive de la crise avec un processus de déconfinement débutant le 11 mai.  Il s’en est tenu à une réserve que l’on peut juger de bon aloi mais il faut bien constater qu’il n’a pas levé les incertitudes. Port du masque, pratique des tests, administration de traitements, usage de vaccins, utilisation d’un outil numérique permettant de suivre les porteurs de virus : nous n’avons encore aujourd’hui aucune idée précise de la combinaison et du calendrier d’utilisation de ces outils.

Nous en savons encore moins sur le sujet plus large et pour moi essentiel des inflexions susceptibles d’être induites par la crise dans les grandes orientations de l’action publique.

Les perspectives d’évolution de l’action publique 

Cette crise aura apporté de l’eau au moulin de ceux qui comme moi croient aux vertus du service public et veulent promouvoir une économie des besoins. Pour autant le changement de paradigme que certains croient déjà pouvoir annoncer est loin d’être acquis. Il reste beaucoup à faire pour définir la voie à suivre et se donner les moyens de l’imposer. Les quelques notations qui suivent sont tout à fait préliminaires.

-Des inflexions vont s’imposer mais il reste à savoir quelle en sera l’importance et la durée.

Il est clair que les règles de gestion libérale limitant le rapport au PIB de la dépense et de la dette publiques vont être abandonnées au moins pour un temps dans une mesure qui sera sans doute assez  forte.

La notion de planification va probablement se voir reconnue une plus grande importance par la  programmation d’investissements publics, et l’encouragement à la relocalisation sur notre territoire d’activités essentielles

Des mesures spécifiques peuvent être attendues en direction des catégories sociales affectées par la crise ( personnels soignants, personnes âgées..)

On admettra même peut-être(quel sacrilège !) des prises de contrôle ou des nationalisations d’entreprises.

S’agira-t-il là d’un paquet vite affadi de mesures circonstancielles de sortie de crise ou de l’esquisse réelle d’un nouveau cours possible de l’action publique ? Ce sera l’enjeu des années qui viennent. Les échéances politiques vont marquer à cet égard des étapes importantes.

2 – C’est à l’occasion des prochaines consultations électorales que l’action publique en France pourra être  éventuellement réorientée

Nous aurons  successivement des élections municipales et présidentielles.

Je pense que les municipales ne pourront pas avoir lieu avant l’été et devront être reportées soit à l’automne 2020, soit au printemps 2021. Dans l’un comme dans l’autre cas il faudra, partout où il n’a pas mis fin à la consultation, refaire le premier tour. Ce pourra être l’occasion de circonscrire les problèmes et de faire émerger des idées. 

Les présidentielles, quant à elles, interviendront en 2022, donc, peut-on penser, après la sortie de crise et au moment où l’on peut en tirer les leçons.

Il n’est pas trop tard pour commencer à se préparer à ces échéances. C’est le rôle non seulement  des partis politiques mais aussi des associations, des syndicats,  des entreprises, de toutes les forces qui entendent contribuer à définir l’avenir du pays. Nous devons réfléchir tous ensemble à la manière de nous saisir de ces problèmes. Toute suggestion à ce sujet des lecteurs de ce blog sera bienvenue.

3 –Nous devons avoir une vision mondiale de l’action publique 

Il me semble que la crise que nous traversons offre un occasion particulièrement intéressante  de procéder à des comparaisons internationales. Elle aura affecté tous les pays. Chacun d’eux l’a traitée en fonction de son histoire, de ses valeurs, de sa culture. Les moyens mis  en œuvre, les résultats obtenus peuvent être rapprochés. Il y a là une matière de choix pour les recherches en toutes disciplines. 

Dans le même temps cette crise permet d’approfondir notre connaissance de l’’évolution des rapports internationaux dans le cadre de la globalisation de l’économie mondiale. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt les analyses des spécialistes de ces questions. Sur l’évolution du rôle des grandes puissances ( Chine, Etat Unis), sur la place prise par les géants du numérique, il y a bien des matières à réflexion.

Il est évident enfin que pour nous, français, la dimension européenne reste essentielle. Comment notre continent peut-il maintenir sa présence dans le monde et faire vivre en son sein l’exigence de solidarité? La controverse entre pays du nord et du sud sur la question des coronabonds est proprement affligeante. 

Je n’aurai malheureusement pas pu m’appesantir sur cette dimension internationale. Il me faudra la reprendre car elle est au coeur de notre sujet.

Un commentaire sur “L’action publique face à la crise du coronavirus

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s