France unique, plurielle, universelle

J’ai des ancêtres allemands. J’ai passé ma jeunesse en Algérie. J’ai épousé la fille d’un Maghrébin. Cinq de mes sept petits-enfants et arrières petits-enfants sont issus de l’union de mon fils ainé avec une camerounaise.
Nous sommes tous français et fiers de l’être.

L’histoire de ma famille n’a rien d’exceptionnel. Il est très difficile d’avoir des données sûres car l’établissement de statistique ethniques et confessionnelles se heurte à des obstacles juridiques et à des difficultés pratiques. On peut cependant essayer de donner quelques chiffres (en note ci-dessous).Il font apparaitre qu’aujourd’hui une partie appréciable de la population française est issue de l’immigration et que la composante principale de cette partie n’est plus à la fois, comme ce fut longtemps le cas, de couleur blanche et de confession chrétienne.

La France est faite de diversités. Elle doit l’accepter. Le massacre de la Saint Barthélémy, l’étoile jaune imposée aux juifs sous l’occupation, les ratonnades d’arabes pendant la guerre d’Algérie, sont des tâches dans notre histoire. Il ne saurait y avoir chez nous des ethnies ou des confessions discriminées.

Pour moi la France est à la fois unique, plurielle et universelle.
Elle est unique par sa langue, sa culture et ses valeurs.
Elle est plurielle par la composition ethnique, les appartenances confessionnelles et les orientations politiques de sa population.
Elle est universelle par sa présence sur tous les continents et l’influence qu’elle exerce dans le Monde.

C’est à partir de là que je prendrai parti dans les controverses actuelles sur le port du voile par des mères accompagnatrices de sorties scolaires, sur la traque des signes possibles de radicalisation et sur le développement du communautarisme.

 

J’ai vécu toute mon enfance dans un village où les femmes algériennes portaient dans la rue, non sans élégance, un voile blanc intégral qui entourait leur visage et ne laissait entrevoir qu’un seul œil. La colonisation de la République française s’en accommodait parfaitement. A coup sûr pareille tenue poserait problème dans la France d’aujourd’hui et l’on comprend que, pour des motifs d’ordre public, la loi la prohibe. Mais le voile, tel qu’il est porté maintenant, tout comme la casquette ou le chapeau , laisse apparaitre le visage, avenant le plus souvent, de la femme qui le porte, et je ne vois pas au nom de quoi il devrait être prohibé. Si l’on considère, ce dont je ne suis personnellement pas sûr, que son port doit dans tous les cas être considéré comme l’affichage d’une appartenance religieuse, il est normal qu’il soit prohibé pour les fonctionnaires du service public. Mais les  mères accompagnatrices de sorties scolaires n’ont pas cette qualité. J’ai lu avec attention la tribune publiée dans le Monde du 18 octobre 2019 par Dominique Schnapper, juriste reconnue et présidente du comité des sages de la laicité. Elle s’interroge et elle doit finalement reconnaitre, visiblement avec regret, que la loi actuelle ne prohibe pas cette manière de faire. Je ne partage absolument pas ses doutes et je pense au contraire qu’on favorise ainsi la pleine intégration dans la société française des mères accompagnatrices d’enfants de religion musulmane.

Sur la détection des signes de radicalisation, sujet mis à l’ordre du jour par l’attentat récent à la Préfecture de police de Paris, le débat est légitime. Il est vrai que, dans ce cas précis, à partir des constatations faites par ses collègues et compte tenu des fonctions qu’exerçait l’auteur de cet acte, sa mise à l’écart aurait très probablement dû s’imposer. Mais de là à diffuser dans les universités et autres établissements publics une liste hautement discutable des indices à prendre en considération en vue de prendre éventuellement des mesures de surveillance ou de précaution dont on ne précise d’ailleurs pas la nature, il y a un pas que l’on n’aurait pas dû franchir. On ne pourrait faire pire pour encourager la suspicion, la discrimination, la mise à l’écart, d’une population qui, dans sa très grande majorité, ne souhaite que de pouvoir s’intégrer convenablement dans notre société.

Reste le problème, qui n’est pas à prendre à la légère, du développement potentiel de ce que l’on appelle le communautarisme au sein de la société française. J’ai lu l’interview donnée récemment sur ce sujet par le ministre chargé des collectivités locales, Sébastien Lecornu, à un quotidien parisien. Il traite principalement des aspects juridiques et institutionnels, qui ne sont pas à négliger mais ne constituent pas l’essentiel. Ce n’est pas d’abord à partir des poursuites engagées contre des imams intégristes, non plus que des restrictions, au demeurant bien difficiles à mettre en œuvre, susceptibles d’être apportées aux activités sociales ou politiques de groupuscules islamistes, que l’on fera reculer le communautarisme. On n’y parviendra que par une action forte, continue, résolue, d’homogénéisation du territoire de la République, dans le domaine du logement, du transport et de tous les grands services publics, à commencer par celui de l’éducation dont le rôle est capital et, je reviens ici à mon point de départ, ne peut qu’être conforté par la collaboration des parents d’élèves. C’est en réhabilitant les banlieues déshéritées et les quartiers dégradés, en permettant à tous les enfants de s’épanouir dans l’école de la République, en encouragent le brassage social et ethnique dans toutes les parties du territoire, que l’on assurera l’homogénéité de la Nation française. C’est en tarissant ses sources  que l’on luttera le plus efficacement contre le communautarisme.

 

La France a toujours été une terre d’accueil et elle doit le rester. Ce serait de sa part une erreur funeste que de se replier sur elle-même. C’est en assumant sa pluralité qu’elle pourra continuer à jouer le rôle éminent que son histoire et sa culture l’autorisent à jouer partout dans le monde et plus particulièrement là où elle a ses attaches, en Europe, autour de la méditerranée et sur le continent africain.

En Europe dont, après le navrant épisode du Brexit, la construction va maintenant devoir être reprise et dont je souhaite qu’elle puisse s’engager sur une voie qui fasse plus de place à la pensée socialiste dont notre pays est porteur.

Autour de la Méditerranée où notre héritage hellène et latin et les liens que nous avons tissés avec les pays du Maghreb et du Moyen Orient nous permettent de jouer un rôle utile de conciliation et d’entrainement.

Sur le continent africain, vis-à-vis duquel je pense que la France, après l’avoir exploré et colonisé, est en mesure d’apporter aujourd’hui des conseils efficaces et une aide désintéressée. 

C’est dans cette voie, celle de l’ouverture et du progrès, et non dans celle du refus et du repli, que notre pays doit s’engager s’il veut rester fidèle à la vocation qui a toujours été la sienne.

 

Note : quelques chiffres, sources  INSEE et wikipedia.

1 – Selon la définition de l’INSEE  les immigrés (« personnes nées étrangères à l’étranger et résidant en France »),  sont en 2018 au nombre de 6,5 millions soit 9,7 % de la population totale (66,9 millions) dont 4,3 millions (6,4 %) nés hors d’Europe.

Les descendants directs d’immigrés (personnes nées en France et ayant au moins un parent immigré) sont estimés à 7,5 millions, soit 11,2 de la population, dont la moitié sont issue d’un couple mixte.

Au total, immigrés et descendant directs d’au moins un immigré sont donc au nombre de 14  millions, soit 20,9 % de la population en 2018.

Parmi eux 5,3 millions ( 7,9%) sont d’origine européenne et 8,7 millions ( 13%) d’origine non européenne, dont 4,3 millions (6,4)%) d’origine maghrébine, 2 millions ( 3%) d’origine sub-saharienne et 0,5 million (0,7%) d’origine turque.

2 – Les appartenances confessionnelles ne sont pas statistiquement comptabilisées. Il serait au demeurant très difficile de mesurer le degré de  la foi et l’intensité de la pratique des adeptes des différentes religions. L’éventail des estimations  données par wikipedia est très ouvert. On peut sans doute considérer, de manière très approximative, qu’entre 7 et  10 % de la population française a, de près ou de loin, quelque attache avec la religion musulmane. 

3 – Il n’y a pas non plus de statistique ethnique. Mais il est manifeste que la population noire ou métisse, majoritaire dans les départements d’outre-mer, est devenue, avec sans doute deux à trois millions de personnes, une composante importante et active de la communauté métropolitaine.

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