Après les européennes

1 -La règle d’or, lorsqu’il s’agit d’apprécier la portée d’une élection, est de partir de la comparaison de ses résultats avec ceux des dernières élections du même type.

Il est légitime, bien entendu, de se référer aux évènements qui se sont produits entre temps, ainsi qu’aux anticipations faites avant le scrutin, mais c’est d’abord sur cette comparaison qu’il faut fonder les analyses. 

Que constate-t-on, en utilisant cette méthode, pour mesurer les résultats d’hier et en allant de la droite à la gauche ?

L’extrême droite est en léger recul sur ce terrain qui lui est a priori favorable. La liste du Rassemblement National  est certes arrivée en tête et, compte tenu de l’augmentation de la proportion des votants, elle a recueilli plus de voix qu’en 2014. Il n’empêche qu’elle a perdu un point et demi (23,43% des suffrages contre 24, 86).Dupont Aignan est resté au même niveau (3,5).

La droite classique s’effondre, passant des 20,81% de l’UMP en 2014 aux 8,48 % de LR en 2019. Elle perd ainsi plus de la moitié de son électorat.

Le centre droit, avec LREM, La République En Marche, fait une percée spectaculaire, en réunissant 22,31% des voix alors que le MODEM, allié alors à l’UDI, n’avait obtenu que 9,94% en 2014.

Les écologistes, avec EELV, Europe écologie les verts, progressent fortement. Ils avaient déjà 8,95 des voix en 2014. Ils en ont 13, 42% cette fois-ci et ils se hissent ainsi à la 3èmeplace du classement.Il n’est cependant pas inutile de rappeler ici que, avec à sa tête Daniel Cohn Bendit, et Yannick Jadot y figurant déjà, la liste écologiste avait obtenu plus de 16% des voix aux élections européennes de 2009.

La gauche socialiste s’effondre elle aussi. Uni aux radicaux de gauche le PS avait eu 13,98% des voix en 2014. Il n’en a plus, avec Place publique, que 6,18 en 2019.

L’extrême gauche, enfin, progresse légèrement. Certes la France Insoumise, avec 6,31 %, fait un résultat très inférieur à ses attentes, tandis que le PCF, avec 2,5%, n’arrive même pas à obtenir la prise en charge de ses frais de campagne. Mais ils réunissent tout de même à eux deux 8,81% des voix contre seulement 6,33 pour leur liste commune de 2014.

On m’excusera de m’être borné ainsi à citer des chiffres que chacun peut retrouver comme je l’ai fait en allant les chercher. Mais il se trouve que la presse ne les reprend que très partiellement alors qu’ils devraient structurer les analyses.

2 – Quelles premières conclusions peut-on tirer de ces résultats ? Je ne formulerai à ce stade que deux observations. 

Macron peut être satisfait, bien qu’il n’ait pas encore gagné la partie.

La liste qui se réclamait de lui n’est arrivée qu’en seconde position, mais la victoire du RN est finalement plus courte que prévu. Deux ans après l’élection présidentielle, la LREM, formation nouvelle, a fait un bien meilleur score que celui obtenu par un parti depuis longtemps enraciné dans la vie politique, comme l’était le PS, en 2014. Avoir réussi à faire vivre et à placer en tête du classement, malgré la relative faiblesse de sa tête de liste, cette formation nouvelle, est une performance inédite qui mérite d’être relevée, quelque jugement que l’on puisse porter sur le fond de ses positions.

Il reste maintenant au Président, s’il veut gagner les élections présidentielles de 2022, à élargir sa base politique et à franchir l’obstacle des municipales de 2020. On peut gager qu’il cherchera à retrouver une caution écologiste en remplacement de celle que lui avait donnée Nicolas Hulot et qu’il va dans le même temps s’efforcer de mettre en place les équipes  susceptibles d’emporter des bastions locaux qui ont encore, à droite comme à gauche, une forte capacité de résistance.

La gauche est éclatée et elle reste entièrement à reconstruire. 

La gauche existe-t-elle encore et où sont ses frontières ?

Et d’abord les écologistes en font-ils partie ?  Je le souhaite mais les premières déclarations de Yannick Jadot sont sur ce point ambigues. Je reconnais ne m’être pour ma part et jusqu’à ce jour qu’insuffisamment intéressé aux positions de son mouvement. Mais je peine à y trouver les lignes de force du changement dans le domaine économique et social dont la gauche est pour moi porteuse. Il ne suffit pas de proscrire le glyphosate et les pesticides, le charbon et le nucléaire, le diesel et le plastique. Il faut aussi parler des luttes sociales et du pouvoir économique. Il ne le fait que fort timidement.

Le parti socialiste, dont je salue la campagne, a réussi à limiter les dégâts. Il devrait voir revenir à lui les troupes de Benoit Hamon, si celui-ci a la lucidité de mettre fin à son équipée. Mais c’est bien peu de chose et un énorme chemin reste à parcourir avant que cette formation retrouve le dynamisme et la capacité d’entrainement que lui avait donnés le congrès d’Epinay. Saura-t-elle le faire ? Sur quelles bases ? Et avec qui ? C’est l’enjeu énorme des années qui viennent.

Plus à gauche la liste de Ian Brossat, pour laquelle je ne regrette pas d’avoir voté, n’a malheureusement pas obtenu le résultat minimum que je souhaitais pour elle. Cela n’a pas pour autant donné des ailes à la France insoumise, dont le résultat est extrêmement décevant et devrait conduire Jean-Luc Mélanchon à mettre rapidement la clé sous la porte. Sera-t-il possible de continuer à faire vivre, sur ce versant de l’échiquier politique, la force de contestation et de stimulation dont nous gardons le besoin ? Je le souhaite mais suis malheureusement loin d’en être sûr.

Le pire est pour l’instant évité. Mais le meilleur risque de se faire attendre.

3 – Je n’ai parlé ci-dessus que des répercussions du vote d’hier sur la vie politique française. Ce n’était pas son objet principal. Rien ne va changer à l’équilibre actuel de nos institutions. C’est sur la composition nouvelle de l’assemblée de Bruxelles et les conséquences qu’elle aura quant aux orientations de la politique européenne qu’il faudrait principalement s’interroger. Ce dossier est complexe. Je ne dispose pas des éléments suffisants pour en traiter aujourd’hui. J’espère pouvoir bientôt y revenir.

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