Edouard Philippe, une vision normande du TGV

 J’ai entendu hier soir Edouard Philippe à la télévision, dans le journal de France 2, critiquer » le choix fait il y a quarante ans par notre pays des très grandes lignes à grande vitesse ».

Cela m’a  fait remonter à la fin des années 80 lorsque, sous l’égide de  Michel Delebarre, ministre des transports dans le gouvernement Rocard, moi-même étant alors président de la SNCF,  le gouvernement de l’époque a adopté un schéma directeur des lignes ferroviaires à grande vitesse. Toutes les liaisons possibles y étaient répertoriées et leur rapport coût-avantage évalué. Le TGV Fabius, comme nous l’appelions entre nous, du nom d’un élu éminent de la région normande, figurait en queue de peloton dans ce document. La liaison  TGV entre Paris et Le Havre qu’il envisageait n’était pas jugée suffisamment rentable et elle n’a pas  à ce jour été réalisée.

Edouard Philippe, était jusqu’ il y a peu maire du Havre. Il a évidemment souffert de cette situation. La Normandie est une oubliée de notre système ferroviaire. On s’y traine et on y tombe souvent en panne. Cela se reflète dans les propos que notre Premier Ministre a tenu hier à la télévision et dans lesquels il sous-estime la complémentarité que existe entre le réseau des lignes à grande vitesse et le réseau classique.

Le TGV français, et c’est son génie, n’est pas un train de luxe circulant uniquement sur une voie dédiée. Il gagne du temps sur les lignes à grande vitesse, mais il peut prolonger son parcours sur les lignes classiques et joindre ainsi les points les plus reculés du territoire. Quand il arrive dans une région, et ce fut successivement le cas à Lyon, Nantes, Tours, Lille, Marseille, Strasbourg, Bordeaux (mais pas à Rouen ou à Caen), il permet aux autorités régionales d’articuler les liaisons qu’il assure avec celles de leur réseau TER et d’améliorer ainsi les performances du système ferroviaire pris dans son ensemble.

Alain Juppé, à Bordeaux, a eu de ce point de vue plus de chance que son poulain Edouard Philippe au Havre.

C’est une erreur que d’opposer ainsi les deux facettes de notre système ferroviaire. Il est sans doute vrai qu’un effort particulier doit  être consenti aujourd’hui en direction de la seconde. Mais il faut continuer à les embrasser ensemble et à les traiter « en même temps ».

C’est ce que n’a pas fait un Premier ministre dont le discours est habituellement plus balancé.

3 commentaires sur “Edouard Philippe, une vision normande du TGV

  1. En effet, une complémentarité bien nécessaire, en y ajoutant plus de feroutage; c’est une réelle nécessité face à la croissance d’un trafic aérien encore trop polluant et mal metrisé, sur beaucoup de lignes intérieures

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  2. Merci Jacques de ce rappel sur la complémentarité, encore imparfaite, entre les TGV le les TER. La mise en place de ce réseau grande vitesse qui comme tu le souligne prolonger ses trajets sur le réseau ferré classique, a surtout concurrencé les lignes intérieures aériennes.

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  3. Par rapport au déficit toujours propagé, il me semble qu’une bonne distribution du ferroutage et même le doublement de certain tronçons devrait permettre un rééquilibrage financier.
    La suppression des lignes de déserte ne doit être dans les cartons, surtout si nous savons réaliser des rames à énergie positive (dans le cadre de la transition énergétique)
    Le statut social de l’ensemble du personnel ne devrait pas, alors, ce trouvé affecté
    C’est le véritable sens qu’il faut donner aux négociations qui s’annoncent.

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